Gastronomie à bord du Canadien

Assise seule dans ma petite cabine, laptop sur les cuisses et luttant contre le sommeil, j’entends des pas rapides dans le couloir. Une employée de Via Rail interpèle les passagers tout en circulant dans le wagon:

“Deuxième service! Le deuxième service pour le souper vient de commencer!”

Déjà!
L’appel est irrésistible, même s’il me semble qu’on vient juste de terminer le dîner.

Quand j’en fais la remarque à notre serveuse, un sourire patient marque ses lèvres: “On nous fait toujours ce commentaire.” Alors qu’elle retourne vers la cuisine, j’admire ses talents d’équilibriste. La voiture-restaurant est animée par le mouvement du train sur les rails et par le bruit des tasses à café qui sautillent sur leur soucoupe. Cling! Clac! Cling! Impassible, la serveuse balance des assiettes sur ses avant-bras comme si elle travaillait sur la plus stable des plateformes. Il faut dire que ces gens là passant une bonne partie de leur vie (et de leurs nuits!) à bord du train. Les employés semblent d’ailleurs pour la plupart très attachés à leur travail. Nous avons fait la rencontre d’un responsable de voiture-restaurant qui prendra sa retraite l’an prochain après 35 ans de service sur le train!

Après la beauté des paysages, les repas sont la deuxième plus grande attraction sur Le Canadien de Via Rail. La nourriture offerte aux passagers sur ce mythique parcours entre Toronto et Vancouver avait déjà bonne réputation, mais le menu n’avait pas changé depuis longtemps. Donner un coup de jeunesse à la carte, ce fut la responsabilité de Martin Gemme. Comptant à son actif des expériences très variées dans des cuisines de Montréal et du Grand Nord, Martin est en charge de la planification des services (nourriture, boisson, divertissement, interaction avec le personnel) sur les trains longs parcours de Via Rail.

Canard
Mon plat préféré du voyage : du canard bien apprêté!

La tâche n’était pas simple: son équipe compte environ 80 chefs et 60 assistants en cuisine. Cuisiner à bord d’un train représente un défi très particulier : l’espace est restreint (assez pour un chef et un assistant), le mouvement est constant et parfois brusque (il y a des rampes vissées au comptoir et on oublie la friteuse!), l’approvisionnement doit être renouvelé en route et les journées sont TRÈS longues (le chef doit préparer le déjeuner, dîner, souper et passer ses nuits à bord du train). Les équipes sont basées à Montréal, Toronto, Winnipeg et Vancouver. Pendant un parcours de quatre jours comme le nôtre, l’équipage du train change à Winnipeg, de sorte que les cuisiniers et serveurs que nous avons rencontrés dans les deux premiers jours ont fait place à une nouvelle équipe pour le reste du voyage. Pas facile donc de s’assurer de la constance au niveau de la qualité et de la fraîcheur!

Devant un défi de taille, rien de mieux que le travail d’équipe! En décembre 2011, Martin s’est réuni avec huit de ses chefs. Pendant deux jours, ils ont fait des expérimentations en cuisine et ont concoctés 78 plats. C’était le Défi Création Menu de Via Rail, un atelier de travail qui a donné naissance à un tout nouveau menu. Martin qualifie le résultat de “cuisine canadienne contemporaine inspirée des régions que l’on traverse”.

Ce menu était offert à bord du train depuis deux semaines seulement quand les blogueurs et moi avons pris place à bord. Martin nous a accompagnés pour l’aller de Toronto à Vancouver. Il a été bien patient avec nous, répondant à toutes nos questions et sollicitant nos commentaires (en grande majorité très positifs) sur les plats que nous avions choisis. Ils nous a fait visiter la cuisine (rapidement, car ils sont toujours en mode production!) et nous a guidés lors d’une dégustation des vins canadiens qui sont servis à bord. Les passagers en classe Voiture-lits Plus ont trois repas par jour inclus dans le prix de leur billet. L’alcool est vendu séparément (autour de 9$ du verre).

La voiture-restaurant peut accueillir une quarantaine de convives à la fois, en table de quatre. L’atmosphère est décontractée et le service l’est tout autant. Selon le nombre de passagers, il y a deux ou trois services pour le dîner et le souper. On vous assigne un service la veille avec un ticket de réservation. Pour le déjeuner, c’est premier arrivé, premier servi. Vous voyagez en solo? Pas question de manger seul. On vous désignera une table que vous aurez à partager avec d’autres passagers.

Il faut donc être ouvert aux rencontres! J’ai eu des échanges intéressants avec des gens de partout dans le monde : des retraités canadiens (oui, il y en a beaucoup), des fermiers de Pennsylvanie qui gardaient des moutons pour couper leur gazon, un couple de québécois et leur charmante pré-ado qui prenaient quelques semaines de vacances dans l’ouest, un informaticien qui arrivait d’un mois en Colombie-Britannique où il a essayé de vendre une propriété dont il venait d’hériter au milieu de nulle part, une organisatrice d’événements spéciaux dans la vingtaine sur le bord du burn out (mais qui ne se privait pas pour faire la fête), une très jolie adolescente allemande travaillant comme au pair dans une famille de Trois-Rivières, plusieurs membres de la famille des employés de Via (profitant des rabais?), et un jeune homme aux yeux très bleus et à l’accent mystérieux qui parlait peu et qui évitait de préciser quel genre “d’affaires” il menait au Canada (je soupçonne que c’était un espion).

Bien manger, c’est toujours agréable. Mais bien manger avec des paysages constamment renouvelés à sa fenêtre? C’est vraiment toute une expérience à vivre. Malgré le manque de sommeil, mon enthousiasme refaisait toujours surface au moment des repas. Oui, je sais, qui dort dîne. Mais sur le train, c’est l’inverse. Qui dîne aussi bien peut supporter de dormir un peu moins!

J’ai compilé un court diaporama, qui, je l’espère, saura vous donner une bonne idée de mon expérience gastronomique à bord du Canadien.
À voir idéalement en mode “fullscreen”.

Slideshow:
Fullscreen:

Pour avoir une idée encore plus complète de l’expérience, je vous suggère de lire les billets rédigés par les quatre autres blogueurs à bord du train: Valerie, Mayssam, Dustin et Jean-François (dont on a très hâte de voir les photos).

Jour 3 à bord du Canadien

Écrire en train se révèle plus difficile que je ne l’espérais. Premier obstacle tout simple que je n’avais pas prévu : ça bouge vraiment beaucoup, un train! Pas facile de taper au clavier ou même d’écrire à la main quand nos doigts sautillent. Même la lecture peut devenir fatigante avec les mouvements constants du train. Les cabines où l’on dort sont petites et les fauteuils auxquels les couchettes font place dans la journée ne sont pas munis de tablettes.

Cabine double
Fauteuils

Je me suis installée à quelques reprises dans le wagon d’activités, là où il y a des tables. Avec des écouteurs, on peut arriver à s’isoler pour travailler mais la tentation est forte d’entamer la conversation! (Le wagon s’est rempli quelques instants après que j’aie pris la photo.)

Wagon activités

Je fais partie d’un groupe de 6 personnes (5 blogueurs et un chef exécutif) invités par Via Rail à bord du train Le Canadien. Ils sont tous des maniaques de bouffe et de voyage qui adorent échanger sur les meilleurs restos, les plats préférés, les cafés à essayer, etc. Beaucoup de sujets de conversation en commun! Et puis, comme tous les scribes vous le diront, toutes les excuses sont bonnes pour ne pas écrire…

Blogueurs invités par Via

Nous avons aussi fait connaissance avec d’autres voyageurs, dont plusieurs québécois et quelques familles avec des enfants (qui semblaient tous très bien se comporter malgré le fait qu’ils ne peuvent pas courir pendant 4 jours). Je suis étonnée de voir comme les journées passent vite et comme l’appel du travail est souvent inaudible… Et puis comme je n’arrive pas à dormir plus de deux heures d’affilée sans me réveiller, la fatigue se fait vite sentir. Dès que j’essaye de m’enfermer dans ma cabine pour travailler, le train me berce et le sommeil me gagne. Mes camarades m’ont aussi avoué faire de nombreuses siestes. C’est ça, le Canadien : on décroche du quotidien, on relaxe, on s’endort, on mange, on s’endort de nouveau, et on répète le tout!

Et puis durant les heures d’éveil, qui veut détourner sa vue des paysages qui défilent à la fenêtre! Un défi particulièrement imposant m’attendait, côté diversion, pendant la 3ième journée du voyage : l’approche de la région de Jasper. Lors de notre passage à Edmonton au matin, le train s’est arrêté pour refaire le plein et pour installer le wagon panoramique qui allait nous permettre de mieux admirer le reste de la route. Quelle vue! De hautes montagnes à la pointe enneigée dominent des lacs d’un gris-vert profond. Le train s’engage dans des tunnels sombres et la beauté nous éblouit de nouveau à la sortie. Les conversations naissent spontanément, même entre ceux qui se sont montrés plus timides jusqu’ici. Une jeune femme voyageant seule a demandé à un vieux couple d’habitués du parcours : «Est-ce qu’on se lasse de voir ça?» «Jamais», a répondu la dame avec les yeux brillants en tournant son regard vers une montagne gigantesque. «On ne s’en lasse jamais.»

Wagon panoramique
Montagne
Lac et montagnes
Montagne et riviève
Toit et montagne

Annie Becker, une musicienne invitée à bord par Via pour distraire les passagers, a décidé d’offrir un petit concert impromptu dans le wagon panoramique. Un autre passager s’est joint à elle avec une étrange petite guitare (un ukulele?). Leur musique a servi de trame sonore à de bien belles scènes :

NB: La vidéo est disponible en plus grand format (HD) ici.

Crossing the rockings on “The Canadien” train from Martine on Vimeo.

Le moment le plus magique est cependant arrivé un peu plus tard dans la soirée. On nous avait prévenus qu’on allait bientôt approcher Pyramids Falls (le personnel du train prévient souvent les voyageurs des points d’intérêts à surveiller). Le train offre le meilleur point de vue possible sur ces chutes autrement très difficiles d’accès, même pour les randonneurs les plus intrépides.

Pyramid Falls location

Un employé nous a gâtés en ouvrant une fenêtre pour que nous puissions sentir toute « l’énergie » de la chute. Et quelle énergie! On pouvait voir la bruine dans l’air et entendre les grondements de la chute bien avant de passer devant. Je n’oublierai jamais l’odeur puissante de pin qui embaumait les lieux. Grisant!

Demain : l’arrivée à Vancouver… et la bouffe!

Jour 1 et 2 à bord du Canadien

J’essaye de me concentrer sur mon écran d’ordinateur alors que défilent à ma fenêtre des champs manitobains qui brillent d’un superbe jaune vif. Ma couchette est restée ouverte aujourd’hui (au lieu de faire place aux deux fauteuils d’hier) et cette configuration me plait davantage. C’est plus pratique comme ça pour la sieste de l’après-midi… La fenêtre à mes pieds à l’air d’un écran télé haute définition qui offrirait la plus belle des télé réalité, sans dialogue, avec ciel azur et champs dorés à perte de vue. Pour faire concept, je rédige ce billet en écoutant Night Train de Oscar Peterson. Nous perdons régulièrement l’accès aux réseaux cellulaires, ce qui ne me permet pas de publier ici de manière très régulière. Photos à venir un peu plus tard, même si certaines sont déjà sur mes comptes Instagram et Twitter (@nivuniconnu). (NB: J’ai ajouté des liens après la première publication de ce billet.)

Nous avons fait un arrêt de quatre heures à Winnipeg ce matin pendant lequel j’ai assisté à un tour guidé de la ville en autobus. Deux heures en bus (avec quelques arrêts), ça ne permet pas de vraiment saisir une ville (même si les mauvaises langues diront que c’est suffisant dans le cas de Winnipeg). De cette visite, je retiendrai la présence étonnante de nombreux grands arbres matures, même au centre-ville, l’élégance d’un beau jardin public et un sympathique marché près de la gare de train où on retrouve une boulangerie qui fait des brioches à la cannelle à se rouler par terre. Ça a fait du bien de prendre l’air! Les fenêtres du train n’ouvrent pas (pour des raisons de sécurité, m’a-t-on dit). C’est un peu étrange de passer autant de temps à voir de grands espaces sans pouvoir respirer le grand air qui les accompagne.

Comme c’est souvent le cas en voyage, la première journée en a été une d’adaptation. Le départ était à 22h00 samedi soir, ce qui laissait peu de temps pour s’habituer à l’environnement avant de se mettre au lit. D’abord, il y a l’espace exigu avec lequel il faut composer : les couloirs sont étroits et les cabines sont petites, même celles conçues pour deux personnes. Une fois le lit ouvert, il n’y a pas de place pour ouvrir sa valise au sol. Je suis contente de m’y retrouver seule car je ne sais pas comment j’aurais réussi à partager cet espace avec quelqu’un d’autre! (Je partage bien des choses avec plaisir mais j’ai besoin de pas mal d’espace…) Je dois cependant préciser qu’il y a plusieurs couples à bord qui partagent ces cabines et ils n’ont pas l’air malheureux. Un passager me disait même aujourd’hui qu’après avoir essayé les deux types de cabines, il préférait celle avec un seul lit dont la configuration lui plaisait davantage.

Ma première nuit a été difficile : un train, ça fait du bruit et ça bouge beaucoup… mais ça s’arrête souvent aussi! Juste au moment où je m’habituais enfin au roulis et que je sentais le sommeil m’envahir, un arrêt complet du train venait briser le rythme et je me retrouvais de nouveau éveillée. Je me suis pointée pour déjeuner dans la voiture-salle à manger qu’on m’avait assignée la veille avec les yeux à demi ouverts… et affamée! L’omelette savoureuse que j’ai choisie m’a remise sur pieds, du moins le temps de faire plus ample connaissance avec mes compagnons de route pour les prochains jours.

Nous sommes cinq blogueurs invités par ViaRail :
Jean-François Frenette (Québec)
Mayssam Samaha (Montreal)
Dustin Gilman (Montreal)
Valerie Howes (Toronto)

Nous sommes accompagnés par Martin Gemme, « service design officer » (concrètement = chef exécutif chef Via Rail). C’est lui qui est à l’origine de la création des nouveaux menus qui sont disponibles depuis deux semaines seulement sur le parcours Toronto-Vancouver. Martin a une expérience très variée dans le domaine de la restauration; converser avec lui, c’est en apprendre beaucoup sur les coulisses du monde alimentaire.

Il y a deux voitures-salles à manger qui servent une trentaine de convives à la fois. Il y a donc deux ou trois services par repas. On assigne aux gens de la classe « Voiture-lits Plus » une heure précise de réservation pour le diner et pour le souper pour s’assurer du bon roulement des choses. Notre tablée attire les regards quand les plats arrivent et qu’ils se retrouvent immédiatement mitraillés par les appareils-photos des « food bloggers », ces êtres étranges qui apprécient d’abord un met à travers une lentille et qui, par conséquent, finissent presque toujours par manger froid.

Après cette première nuit difficile, j’ai tenté de travailler à deux reprises mais mon corps n’avait qu’une chose en tête : faire la sieste. J’ai somnolé un peu et j’ai tenté de retourner au travail sans arriver à être très productive. Je trouvais mon scène à scène un peu ennuyant et j’avais envie de repartir à zéro…

Après un bon souper hier soir, quelques conversations plaisantes et une douche (moins compliquée que ce que je craignais, même en mouvement) je n’ai plus vu ma petite cabine du même œil. Quelques minutes de lecture dans le lit simple (plutôt confortable) et le sommeil me gagnait. Je me suis réveillée just avant l’arrivée à Winnipeg avec une nouvelle énergie. Il n’y a rien comme d’ouvrir un store et de découvrir un nouveau paysage à sa fenêtre au matin!

Un voyage d’une seule nuit ne m’aurait pas permis de bien saisir les avantages du train. Ce n’est qu’à cette deuxième journée que je peux apprécier le rythme très particulier que le train dicte à nos journées : on s’en va en ligne droite, on n’y va pas trop vite, et on décroche de notre quotidien, station par station. Le mouvement constant auquel on se soumet n’est au fond qu’un prétexte pour arrêter le temps. La destination? On y pense peu, le paysage qui défile détournant notre attention sur le ici et maintenant.

Je crois ne pas être la seule à apprécier davantage cette deuxième journée. On sent une énergie différente à bord depuis l’arrêt à Winnipeg. Le train défile plus rapidement à travers les prairies et le contraste entre le bleu du ciel et le jaune des champs réveille les esprits. Les passagers ont eu le temps de faire connaissance. Le volume des conversations était d’ailleurs plus élevé dans le wagon-restaurant pendant les repas aujourd’hui.

Au moment où j’écris ces mots, on annonce qu’on vient de quitter le Manitoba pour entrer en Saskatchewan. Les vaches dans le très beau vallon que nous traversons ne semblent pas s’en formaliser. Regarder passer le train, elles font ça depuis des siècles…

Sauter sur l’occasion

Mon mois de juillet s’annonçait relativement calme: les piges avaient ralenti leur rythme avec les clients partis en vacances, le scénario rédigé ce printemps était en attente d’une réponse pour le financement de la rédaction de la v2 (à l’automne) et je n’avais aucun voyage à l’horizon. Je prévoyais donc enfin me consacrer à la rédaction d’un scénario qui dort dans mon ordi depuis presque deux ans – le genre de projet personnel qui finit toujours par être relégué au second plan derrière les contrats qui « payent ».

Restait plus qu’à démarrer.

C’est facile ça, commencer, hein? C’est pas comme si les projets à développer, le Web, le jardin, les rénos à envisager, le chum pigiste qui travaille aussi à la maison et le chat qui veut que j’aille jouer dehors avec lui se disputaient mon attention.

Wow, avez-vous vu la vidéo du gars sur YouTube qui converse avec lui-même à l’âge de douze ans? Non? Oh…

Je disais quoi déjà?

Ah oui, je parlais de mon attention et de ma grande capacité à me concentrer.

Il y a dix jours, j’essayais de démarrer le scénario en question. Je suis donc allée faire un petit tour sur Facebook. Juste un p’tit tour, là. Pas longtemps.

C’est là que je suis tombée sur une proposition intéressante. Via Rail sollicitait la candidature de blogueurs passionnés de bouffe et de voyage pour faire la traversée du pays à bord du célèbre train Le Canadien. Les menus offerts pendant la randonnée venaient d’être entièrement revus par une équipe de chefs et on voulait les faire essayer par des blogueurs qui partageraient ensuite leurs impressions dans leurs réseaux.

Ma première réaction : miam! Check les assiettes!
Ma deuxième réaction : chanceux!
Ma troisième réaction : ça doit mauditement bien écrire en train…
Ma quatrième réaction : cou donc, je suis disponible, moi, et je trippe bouffe et voyages.
Ma cinquième réaction : j’envoie ma candidature par courriel!
Ma sixième réaction : ah ouin? Y’a pas le wifi sur ce train là? Yikes…
Ma septième réaction : de toute manière je ne serai pas choisie.

Le lendemain, j’apprends par courriel que ma candidature a été retenue. On m’offre de partir une semaine plus tard avec quatre autres blogueurs pour faire l’aller-retour Toronto-Vancouver.

Une folle! J’ai dit oui.

Voici donc ce qui m’attend :

-Quatre nuits à bord du Canadien.
-Une cabine privée avec couchette.
-Déjeuners, diners, soupers dans le train.
-Rencontre avec le chef/concepteur des menus, Martin Gemme, et dégustation de vins.
-Des arrêts à Winnipeg (4 heures), Edmonton (1h00) et Jasper (1h30).
-Deux nuits et trois jours à Vancouver. (Je n’y suis pas allée depuis un voyage-échange avec l’école secondaire dans les années 80. Paraît que ça a changé un p’tit peu.)
-Quatre autres nuits sur le train au retour.
-Encore beaucoup de bonne bouffe. (Le train a excellente réputation de ce côté.)
-Des billets de blogue, Facebook, Twitter et Instagram pour vous faire verdir d’envie et pour torturer mon chum qui ADORE les trains.
-Un premier jet de scénario?

Je connais plusieurs scénaristes qui s’enferment dans une chambre d’hôtel ou qui se louent un chalet (sans wifi) quand vient le temps de rédiger une première version de leur scénario. Ça sera la même chose pour moi, non? Sauf que ma chambre d’hôtel va bouger. Par la fenêtre, je vais voir des villages, des vaches et, éventuellement, de super belles montagnes. Et je vais beaucoup bien manger. La belle vie, comme dirait un chroniqueur qu’on ne va pas nommer.

La pro des reportages-voyage, Marie-Julie Gagnon, m’a prévenue de ne pas être trop ambitieuse, point de vue productivité. Elle a déjà fait l’excursion en 2010 sur Le Canadien et elle a adoré. Selon elle, on y fait de belles rencontres et ça devient très « social » (surtout qu’il n’y a pas le wifi). Bon. Ok. J’aurai donc besoin de me discipliner un peu même s’il n’y aura pas de wifi. (Sauf dans les gares. Dieu merci, on y aura accès dans les gares!)

Mais regardez comme je suis bien partie! Je viens de rédiger ce billet sur le train Montréal-Toronto, même si mon chum (qui m’accompagne jusqu’à TO parce qu’il y a un resto de pizza qu’il veut essayer) passe son temps à m’interrompre pour me donner des tonnes d’informations sur l’univers des trains. Il était tout excité tout à l’heure quand il a identifié sur la voie ferrée un genre de truc orange conçu exprès pour faire dérailler les trains en cas d’urgence. Qui a besoin du wifi quand on peut s’informer ainsi auprès de ses pairs?

(Bon, il vient de m’interrompre de nouveau pour me montrer une photo du dérailleur pour laquelle il vient de faire une recherche sur Google. On avait besoin du wifi après tout!)

On arrive à Toronto! Souhaitez-moi bonne chance avec mon projet et suivez-moi ici si le cœur vous en dit!

La bouffe et/ou la vie

Les réseaux sociaux vont et viennent, tout comme notre intérêt pour eux. Après des années à les fréquenter de manière active, on finit par développer ses chouchoux. Mes favoris ne sont pas nécessairement ceux où j’ai le plus d’amis ou de “followers”. Je préfère quand le cercle des liens est encore assez petit pour qu’il procure un sentiment d’intimité et de liberté d’expression, si illusoires soit-ils.

Depuis un an, le réseau où j’ai le plus de plaisir, c’est Instagram. Oui, ses célèbres filtres rétro m’y ont attirée au départ, mais ce n’est pas ce qui m’y garde. J’y reviens au quotidien par “doux voyeurisme”, par simple curiosité envers la vie des autres, des amis surtout, mais quelques étrangers aussi. Aucune envie de suivre 1,000 personnes. Aucun besoin d’être moi-même suivie par des milliers d’inconnus. J’ai toujours mon iPhone avec moi. Une scène attire mon regard, me fait sourire, me donne envie de vous dire “regarde”? Je photographie. Je partage en quelques clics. Et voilà. Petit encadré de vie à basse résolution.

Instagram est une application mobile qui n’a pas d’équivalent sur le Web. Il faut donc passer par un service Web tierce-partie pour y visionner les photos. Sur le iPad, j’aime bien le tout récent Pinstagram, même s’il est un peu lent à réagir. Sur mon iMac, j’utilise Statigram. Ce dernier service a l’avantage d’offrir des statistiques sur notre activité sur Instagram, en plus de nous permettre d’organiser les photos dans des dossiers. J’ai ainsi découvert que mon sujet photographique de prédilection est – vous l’aurez deviné – la bouffe! Encore des photos de bouffe, me direz-vous? Ah, mais tout est dans l’oeil de la photographe… et dans l’estomac de la fille qui a une bonne fourchette et un conjoint qui lui fait vivre des expériences gastronomiques au quotidien!

Et avouez-que, rassemblées ainsi, les photos feraient une jolie affiche dans ma cuisine!

Instagram photos of food

Growing fat on solitude

“He loved the glorious silence a morning brought, knowing that he had no appointments that afternoon and no engagements that evening. He had grown fat on solitude, he thought, and had learned to expect nothing from the day but at best a dull contentment. Sometimes the dullness came to the fore with a strange and insistent ache which he would entertain briefly, but learn to keep at bay. Mostly, however, it was the contentment he entertained; the slow ease and the silence could, once night had fallen, fill him with a happiness that nothing, no society nor the company of any individual, no glamour or glittler, could equal. [...]

He knew that he had to allow his mind its freedoms. He lived on the randomness of the mind’s workings, and, now, as the day began, he found himself involved in a new set of musings and imaginings. He wondered how an idea could so easily change shape and appear fresh in a new guise; he did not know how close to the surface this story had been lurking.”

From The Master, by Colm Toibin.

I have an idea for a movie

“So I hear that you used to write movies”.

I lifted my fingers from the keyboard.

“What was that?” the nurse said. “You got gas?” I’d quietly groaned because I knew what was coming: an idea for a movie. I’d heard them for most of my adult life: from cabdrivers, barbers, doctors, anyone who’s got you trapped for a while, like this dentist in Van Nuys who once tried to get me jazzed about writing a movie about the romance of dentistry, this as he was sharpening a #6 drill and with my mouth propped open as I stared with bulging eyes at the dental horror photos that were plastered all over the wall in front of me.

“Tell me, what’s your idea?” I asked the nurse miserably.

“Yeah, all I need is a writer to help me with the technical stuff,” I heard her say. I turned and faced her. She was standing with her arms akimbo.
“What technical stuff?” You mean the screenplay format?”
“No, the words,” she said.

I wanted to bury my forehead in my hand.

From the novel Crazy, by William Peter Blatty.

Instantanées #4

Mains sur visage de garçon

Il me dit: « si tu appuies fort sur tes yeux, tu vois des étoiles. » J’appuie et je ne vois pas d’étoile. À la place, ça chauffe. Mais quand il me demande « les vois-tu? », je dis oui. Je peux même les décrire. Elles sont jaunes. Elles tournent. Y’en a une plus grosse que les autres mais elle, elle ne bouge pas. On dirait vraiment que ça lui fait plaisir, ce détail-là. Je pense qu’il pense que la grosse étoile, c’est lui, parce que quand j’ai fini de la décrire, il prend mes mains dans ses mains, il attend que j’ouvre les yeux et il me dit: « tu sais que je serai toujours là? » Il me force à le regarder dans les yeux et j’essaye autant que je peux mais c’est difficile après avoir fixé la noirceur pendant un bout de temps. Mes paupières n’arrêtent pas de cligner. Il me tient par le menton et je vois bien qu’il essaye de ne pas parler fort, mais quand il est proche de mon visage comme ça, ça résonne dans mes oreilles. Il répète: « tu le sais que je t’aime, hein? Tu le sais? » Je me force à regarder en haut, vers la lumière, parce que ça me fait pleurer des yeux et parce que c’est juste quand il voit que j’ai les yeux mouillés qu’il me laisse aller.

J’essaye de ne pas partir en courant pour ne pas lui faire de peine, mais il faut vraiment que je me retienne. Je compte les pas. Lentement. Un. Deux. Trois. Quatre. Après cinq pas, je pense que je suis assez loin de la peine et je cours jusqu’à ma chambre.

Des fois, j’aimerais ça qu’il m’aime moins.

10 ans!

Le 5 février 2002, je démarrais un blogue via Blogspot pour tester cet outil de publication en vue d’un article que je m’apprêtais à écrire pour un magazine suisse. J’ai aimé. J’ai continué.

Nous voici donc, mon blogue et moi, 10 ans plus tard. Bien des mots et des rencontres derrière nous et quelques rides en plus…

Le règne du blogue. La mort du blogue. Le retour du blogue.
Tout est cyclique.

J’ai commencé à écrire ce blogue pour moi, en ne pensant pas attirer bien des yeux ou des clics. Si je continue avec ces fictions instantanées (comme avec d’autres types de billets), c’est avec la conscience que je dois d’abord et avant tout trouver la motivation en moi-même. Les réseaux sociaux et la facilité des échanges qu’ils apportent laissent peu de place aux grands élans personnels de publication. Qui a le temps de lire plus de 140 caractères à la fois? Qui a envie de commenter quand on peut simplement cliquer “like” pour signifier son approbation, sa présence, son amitié?

C’est un constat plus qu’une condamnation. Je serais mal placée pour juger puisque je participe moi-même activement à plusieurs de ces réseaux. Après toutes ces années de publication en ligne, j’ai appris que les modes, comme les gens, vont et viennent. Les attentions se dispersent, s’essoufflent, cherchent à se reconcentrer, puis se dispersent de nouveau…

Vous êtes encore quelques fidèles à aboutir ici sur une base régulière, que ce soit parce que vous suivez toujours vos fils RSS ou parce que je vous ai fait signe via Twitter ou Facebook. 10 ans, c’est rien. C’était hier. Votre présence? Vos commentaires? Ah ça, ce n’est pas rien! Pour ces années d’attention et d’échanges, merci. On a beau vouloir écrire pour soi, on est toujours heureux de ne pas se savoir seul.

Instantanées #3

To celebrate the 10th blogging anniversary of ni vu ni connu, I’m trying out a new feature: Fictions Instantanées. These very short stories, delivered via text or video, are based on pictures taken by me (or this guy), often times via Instagram. The frequency of publishing has yet to be determined (which means that I’m not willing to commit to anything). It’s a way to give some life back to this blog, with which I’ve had a great ride in the last 10 years, but somewhat neglected in the last three (damn you, social networks). It’s also a way to get back in touch with a more free and spontaneous type of writing, something that screenwriting (my “day” job) doesn’t allow for.

I hope you enjoy it! And thanks to those of you who have kept on visiting this blog over the years. You’re awesome and you’re a lot of fun to have around.

I suggest watching this video in a bigger version (here) or in full screen mode. It looks better and it makes the dialogue on the screen easier to read. You can also click on the arrows at the bottom right of the video to make it larger.

I dreamed about you last night from Martine on Vimeo.