Lectures 2011

Inspirée par mon amie Beth et parce que je suis toujours curieuse de connaître les lectures des autres, voici la liste des livres que j’ai lus en 2011. Ils sont en ordre chronologique de lecture.

Tout d’abord, quelques chiffres et constatations:

-Sur 43 livres lus:
7 recueil de nouvelles (un genre que j’affectionne particulièrement)
26 écrits (ou traduits) en français
26 écrits par des femmes
6 bandes dessinées ou livres illustrés
1 de science-fiction
1 pièce de théâtre
1 scénario (sous forme de livre, mais j’en lis beaucoup plus que ça en version numérique téléchargée)
1 livre pour enfant
4 ou 5 lus en survol (parce que je n’arrivais pas à m’y intéresser complètement).

-Je n’ai lu qu’un seul roman sous format numérique cette année. J’ai plusieurs livres de référence sur mon iPad que je ne liste pas ici car je ne les ai pas lus en entier. J’y réfère simplement au besoin. Pourquoi n’ai-je pas lu davantage de cette manière alors que mon expérience de lecture numérique m’a bien plu? Parce que j’aime bien voir les livres de mes auteurs préférés rassemblés tous ensemble sur un rayon de ma bibliothèque. Parce que j’aime avoir la copie papier d’un livre en guise de souvenir lorsqu’il fut acheté en voyage. Parce que je lis souvent au lit et que je n’aime pas absorber trop de lumière de l’écran avant de m’endormir (c’est mauvais pour le sommeil).

-Je lis habituellement peu en français parce que j’ai de la difficulté à trouver des auteurs qui me plaisent dans cette langue, ce qui m’attriste. J’ai donc décidé de faire un effort particulier cette année pour lire davantage de romans québécois. Je me suis mise à fréquenter de nouveau la bibliothèque publique, ce qui m’a permis de prendre des “risques” à meilleur coût.

-Peu d’ouvrages de “non-fiction”, à part les manuels reliés à la scénarisation, que je n’inclus pas ici. Quand il ne s’agit pas de fiction, je lis surtout des articles de magazine et je fais des recherches sur le Web.

Mes coups de coeur sont indiqués par la présence d’un astérisque, ci-bas:

Vanités, Johanne Seymour

*Disturbing the peace, Richard Yates (Pas son meilleur mais Yates reste un de mes favoris.)

Love and Other Impossible pursuits, Ayelet Waldman (ebook)

You lost me there, Rosecrans Baldwin

Hier, Nicole Brossard

*Everything ravaged, everything burned, Wells Tower (Nouvelles. Trouvé dans un “staff pick” d’une librairie indépendante à San Francisco. Dévoré.)

Ru, Kim Thuy

La marche en forêt, Catherine Leroux

Infrarouge, Nancy Huston

L’homme blanc, Perrine Leblanc

Incertitudes, Josée Bilodeau (Nouvelles)

**A visit from the goon squad, Jennifer Egan (Génial. Probablement mon roman préféré en 2011)

And now you can go, Vendela Vida

Peut-être une histoire d’amour, Martin Page (Curieuse de lire cet auteur depuis des années parce qu’on a le même nom. Pas particulièrement apprécié ce roman.)

Le temps qu’il m’est donné, Jean-François Beauchemin

Folle, Nelly Arcan

Tarmac, Nicolas Dickner

La disparition du Mercure, Denis Fortier

Les bouteilles, Sophie Bouchard

*Tamara Drewe, Posy Simmonds (Disponible gratuitement en ligne. Ne vous privez pas de ce plaisir. L’adaptation cinématographique par Stephen Frears est sympathique aussi.)

One day, David Nicholls

Nosferatu, Peru/Martino (BD)

Ce goût, Neyef (BD)

Comment ne rien faire, Guy Delisle (BD)

*Alone with you, Marisa Silver (Nouvelles. Acheté dans une immense librairie indépendante à Pasadena. Beaucoup aimé.)

*Stone Arabia, Dana Spiotta (Auteure géniale. J’avais adoré son roman précédent.)

La tendresse attendra, Matthieu Simard (Bien aimé. Contente de voir l’évolution de sa plume. J’ai même ri à voix haute. Mais la fin, que je trouve un peu inutile et un tantinet manipulatrice, m’empêche d’en faire un coup de coeur.)

Le chat du boulanger, Posy Simmonds (livre illustré pour enfants)

*L’envie, Sophie Fontanel (Plume forte et élégante mais sans maniérisme. Mon préféré en français cette année.)

*Il pleuvait des oiseaux, Jocelyne Saucier (Beau récit. Si on me faisait l’honneur de me demander d’en faire l’adaptation pour le cinéma, je dirais oui :)

Les bonnes filles plantent des fleurs au printemps, Claudia Larochelle (Nouvelles)

Stigmates et BBQ, Stéphane Dompierre

Guyana, Élise Turcotte

Voyage Léger, Mélissa Verreault

The thieves of Manhattan, Adam Langer (Enlevant et amusant. Merci Geneviève!)

Mothers & Other Monsters, Maureen F McHugh (Nouvelles de science-fiction. Offert par une amie de Los Angeles dont l’auteure est la collègue. Belle découverte. Hâte de lire son plus récent qui a reçu d’excellentes critiques.)

La concordance des temps, Évelyne de la Chenelière

Bashir Lazhar, Évelyne de la Chenelière

*Et au pire, on se mariera, Sophie Bienvenu (Très très hâte de voir où Sophie ira après ce roman percutant.)

Atavismes, Raymond Bock (Nouvelles)

Café de Flore, Jean-Marc Vallée (scénario et textes sur le tournage)

Pyongyang, Guy Delisle (Lu juste avant l’annonce de la mort du dictateur. Hâte de lire le reste de ses oeuvres!)

*Too much happiness, Alice Munro (Nouvelles. Jonathan Franzen l’a dit: Munro, c’est la meilleure. Je ne suis pas du genre à aduler les gens, mais cette femme pour moi, c’est une rock star.)

Faire face au cancer avec la pensée réaliste

J’ai publié récemment sur mon blogue un billet concernant les dangers de la pensée positive. J’aimerais revenir sur ce sujet qui me touche tout particulièrement en vous présentant un nouvel ouvrage publié chez Flammarion Québec: Faire face au cancer avec la pensée réaliste.

Je vous en parle tout d’abord parce que ce livre a été écrit par une personne dont je suis proche depuis l’enfance: Josée Savard est ma “vieille” et précieuse amie depuis l’école primaire dans la basse-ville de Québec. Elle est maintenant professeur titulaire à l’École de psychologie et chercheur au Centre de recherche en cancérologie de l’Université Laval. Je n’ai rien à voir avec ses succès mais je suis quand même très fière d’elle!

Mais je vous parle surtout de ce livre parce que c’est un ouvrage important qui pourrait venir en aide à vous ou à un de vos proches. Josée a une expérience clinique de plus de 15 ans auprès de personnes confrontée à une maladie menaçant leur vie. Elle a donc vu les effets négatifs de la tyrannie de la pensée positive sur les patients: culpabilisation, anxiété, colère, dépression, découragement, etc. Quand on croit pouvoir se guérir si “on le veut vraiment”, alors lorsque le cancer reprend le dessus, on peut être porté à croire que c’est de notre faute. Les gens malades n’ont pas du tout besoin de cette pression supplémentaire!

L’ouvrage s’adresse aux patients atteints du cancer. Il pourrait aussi être d’une grande aide aux professionnels de la santé œuvrant en oncologie. L’auteur leur propose d’adopter la pensée réaliste qui favorise l’adaptation de la personne à la maladie en l’amenant à percevoir sa situation telle qu’elle est, tout en espérant que le meilleur survienne. Cette approche est basée sur les préceptes de la thérapie cognitive-comportementale, celle qui a reçu le plus de preuves scientifiques quant à son efficacité.

Ce que j’aime particulièrement de ce livre, c’est qu’on n’y trouve pas de recette miracle ni de mysticisme bon marché. Juste des techniques faciles à comprendre et qui ont été testées par de nombreux psychologues en clinique. L’ouvrage est divisé en 9 chapitres qui proposent des conseils pratiques pour aider à diminuer les difficultés psychologiques associées à la maladie.

Voici la liste des chapitres:
1. Le cancer et l’optimisme réaliste
2. L’influence des pensées et des comportements
3. Reconnaître les pensées négatives et les remplacer par des pensées réalistes
4. La culpabilité et la dépression
5. L’anxiété et la peur de la récidive
6. La colère
7. L’insomnie
8. La fatigue
9. S’adapter à la progression du cancer et apprivoiser la mort

Déprimant comme lecture? Je ne le crois pas, non. Comme le conclut l’auteur du livre:

Personne ne sera jamais heureux d’avoir un cancer, mais il est possible de vivre cette situation plus sereinement, en changeant la façon de la percevoir et en éliminant plusieurs comportements qui maintiennent les difficultés psychologiques.

Comme m’a dit Josée dans sa dédicace, j’espère que vous n’aurez jamais besoin de lire ce livre. Mais si vous ou un de vos proches est atteint du cancer, cet ouvrage pourrait faire une différence dans leur manière de gérer leurs émotions pendant la maladie.

Munro, la nouvelle et la critique

Je viens de terminer la lecture de Runaway, un recueil de nouvelles de l’auteure canadienne Alice Munro, et comme c’est le cas à chaque fois que je la lis, je suis sur le cul. Ça a l’air bête à dire comme ça mais c’est la meilleure image que j’arrive à trouver pour vous exprimer l’effet qu’un talent pareil peut me faire.

En faisant des recherches sur Munro je suis tombée sur une critique de son travail écrite par Jonathan Franzen dans le New York Times. Franzen, lui-même romancier, a rédigé une critique absolument géniale, presque aussi brillante en fait que l’objet de son attention. Il s’agit d’un texte plutôt mordant où il explique en 8 points pourquoi la renommée de Munro n’est pas à la hauteur de son immense talent. Un exemple:

1. Munro’s work is all about storytelling pleasure. The problem here being that many buyers of serious fiction seem rather ardently to prefer lyrical, tremblingly earnest, faux-literary stuff.

En plus de réussir à bien décrire la beauté du travail de Munro, Franzen chante aussi les louanges de la nouvelle comme style littéraire, un style malheureusement sous-estimé. Il réussit du même coup à faire un texte critique sur la critique littéraire telle qu’elle est pratiquée de nos jours.

Je me permets de citer de longs extraits ici, au cas où vous seriez trop paresseux pour aller lire l’article en entier.

When I close my eyes and think about literature in recent decades, I see a twilight landscape in which many of the most inviting lights, the sites that beckon me to return for a visit, are shed by particular short stories I’ve read. I like stories because they leave the writer no place to hide. There’s no yakking your way out of trouble; I’m going to be reaching the last page in a matter of minutes, and if you’ve got nothing to say I’m going to know it. I like stories because they’re usually set in the present or in living memory; the genre seems to resist the historical impulse that makes so many contemporary novels feel fugitive or cadaverous. I like stories because it takes the best kind of talent to invent fresh characters and situations while telling the same story over and over. All fiction writers suffer from the condition of having nothing new to say, but story writers are the ones most abjectly prone to this condition. There is, again, no hiding. The craftiest old dogs, like Munro and William Trevor, don’t even try.

Reading Munro puts me in that state of quiet reflection in which I think about my own life: about the decisions I’ve made, the things I’ve done and haven’t done, the kind of person I am, the prospect of death. She is one of the handful of writers, some living, most dead, whom I have in mind when I say that fiction is my religion. For as long as I’m immersed in a Munro story, I am according to an entirely make-believe character the kind of solemn respect and quiet rooting interest that I accord myself in my better moments as a human being.

Can a better kind of fiction save the world? There’s always some tiny hope (strange things do happen), but the answer is almost certainly no, it can’t. There is some reasonable chance, however, that it could save your soul. If you’re unhappy about the hatred that’s been unleashed in your heart, you might try imagining what it’s like to be the person who hates you; you might consider the possibility that you are, in fact, the Evil One yourself; and, if this is difficult to imagine, then you might try spending a few evenings with the most dubious of Canadians. Who, at the end of her classic story ”The Beggar Maid,” in which the heroine, Rose, catches sight of her ex-husband in an airport concourse, and the ex-husband makes a childish, hideous face at her, and Rose wonders ”How could anybody hate Rose so much, at the very moment when she was ready to come forward with her good will, her smiling confession of exhaustion, her air of diffident faith in civilized overtures?”

Not knowing

“The word narrative means “to know.” The reader enters the narrative to know. The character enters the narrative to know. The writers enters the narrative to know. The pressure of not knowing and wanting to know is the pressure to write, to proceed to knowledge; but it is also the pressure to read, and as well the pressure to live and breathe as a character on the page. The shared experience among writer, reader, and character is that process of discovery. If any of the participants in the process has already discovered whatever there is to be discovered, then why bother? [...]

Readers suspend disbelief and writers suspend disbelief because writing and reading are acts of faith along the path to knowledge, not just one particular knowledge but any knowledge that is part of the essential truths lurking to be shared by the reader and the writer and all those people in that story, that are coming not to just once conclusions but many conclusions, that follow not one path but many paths, because the writing and the story are not just about one thing but many things, and in this essential multifarious way writing is an embrace of all the complexity of not knowing and wanting to know and getting to know and all the contradictions that reside therein, and that has been our task, on these paths, all of us – writer, reader, character – to embrace those contradictions.”

Fred G. Leebron, from the essay Not Knowing in The Eleventh Draft, Craft and the Writing Life From The Iowa Writers’ Workshop, edited bt Frank Conroy.

Plume libre

“Écrire pour le cinéma, c’est se damner pour une écriture qui n’existe pas, une écriture zombie qui ne sort que la nuit pour déchirer l’humain et le régurgiter au petit matin. Une écriture sur laquelle tout le monde essuie la merde qu’il a sous les pieds afin de pouvoir faire le film.”

Ça, c’est une perle tirée du roman Je compte les morts (Libre Expression) de la scénariste blogueuse – et maintenant romancière – Geneviève Lefebvre. Des perles comme ça, il y en a plusieurs dans le livre et je n’en suis qu’au chapitre 11. Je dose et je savoure.

Geneviève, on sent ta plume follement libre. Que c’est agréable!

Ça doit faire un bien fou.

A perfect spot for a reader

Walking in Central Park 10 days ago, on a perfect 25C Spring day with clear skies and trees in full bloom and happy people everywhere, I saw this quiet, solitary man and told Ed: “Quick, grab him”.

I’m glad he did.

I can’t think of a better spot for a reader on a gorgeous April afternoon.

All by myself, don’t wanna be…

A couple of weeks ago, an article written by William Deresiewicz for the Chronicle Review made a bit of noise over various social networks: The End of Solitude. It’s a pretty dense essay, too long to be read on the screen, so I printed it and finally got around to reading it. Yes, I could have read it on my iPhone and saved some paper, but sometimes you just have to get away from connectivity… especially when you are reading about its implications!

It’s one of the smartest and most pertinent thing I’ve read about the societal implications of the constant connectivity we surround ourselves with. I strongly suggest that you take the time to read it if, like me, you question all this time you spend online.

Visibility secures our self-esteem, becoming a substitute, twice removed, for genuine connection. Not long ago, it was easy to feel lonely. Now, it is impossible to be alone. [...]

If six hours of television a day creates the aptitude for boredom, the inability to sit still, a hundred text messages a day creates the aptitude for loneliness, the inability to be by yourself. Some degree of boredom and loneliness is to be expected, especially among young people, given the way our human environment has been attenuated. But technology amplifies those tendencies. You could call your schoolmates when I was a teenager, but you couldn’t call them 100 times a day. You could get together with your friends when I was in college, but you couldn’t always get together with them when you wanted to, for the simple reason that you couldn’t always find them. If boredom is the great emotion of the TV generation, loneliness is the great emotion of the Web generation. We lost the ability to be still, our capacity for idleness. They have lost the ability to be alone, their capacity for solitude.

And losing solitude, what have they lost? First, the propensity for introspection, that examination of the self that the Puritans, and the Romantics, and the modernists (and Socrates, for that matter) placed at the center of spiritual life — of wisdom, of conduct. Thoreau called it fishing “in the Walden Pond of [our] own natures,” “bait[ing our] hooks with darkness.” Lost, too, is the related propensity for sustained reading. The Internet brought text back into a televisual world, but it brought it back on terms dictated by that world — that is, by its remapping of our attention spans. Reading now means skipping and skimming; five minutes on the same Web page is considered an eternity. This is not reading as Marilynne Robinson described it: the encounter with a second self in the silence of mental solitude.

I cannot think properly – or at least concentrate deeply – when I’m around people. I do my best thinking, the most creative part of it, when I’m alone. I suspect it’s true of most people, even if they are not aware of it. The hive mind is great for brainstorming and the presence of others is necessary for inspiration and motivation, but too much of a good thing is, well, too much. We’ll see more and more of these types of plans and self-imposed schedules show up as people realize, me included, that the noise they surround themselves with is interfering not only with their daily productivity, but also with their sense of self.

If you read French, Josée Blanchette just published a great column on the subject of solitude in Le Devoir. Ça se résume en ceci:

Supprimer l’état de solitude, c’est empêcher l’être humain de penser.

The definition of true friendship

“So has the experience affected your philosophy of life?” he said. “That’s not the right way to put it. What I mean is, has it changed what you believe in?”

He didn’t say any of this in an ironic tone. He wanted to know.

“I think I just believe more intensely in the things I believed in the first place.”

“For example?”

“That there is no God, and that the universe doesn’t give a flying fuck about us. That’s probably it.”

“And does that imply a code of behavior? The universe doesn’t give a flying fuck about us, and therefore…?”

Ralph was a friend who asked the second question. She thought that this might be one of the definitions of true friendship. If you have a friend who pays enough attention to you to ask the right question, you’re lucky; if you have a friend who listens to the answer, thinks some more, and asks the second question, then you’re blessed.

“There is no therefore that I can find. No universal therefore. I still believe the same things I always believed, but it’s a choice. Life doesn’t care about us, everyone gets pulverized sooner or later, and therefore we should take care of each other. But I believe that because I choose to believe that. If it’s a therefore, it’s just a personal therefore.”

From Breakable You, by Brian Morton.

Technology gone backward

“What?” she said. Their connection was bad. He heard three short beeps and then they were cut off.
He called her again.
“Are you in a spaceship or something?” she said. “You sound all… futuristic.”
“Taxi on Lex. Is that futuristic enough for you?”
Again he heard the series of beeps, and again the connection failed.

It was as if technology had gone backward. In the old days, when a telephone was a bulky thing that stayed plugged into your wall, you could actually hear the person on the other end of the line. Now you could take your phone anywhere, but you couldn’t actually talk.

But he had come to like cell phones for just this reason. The phone cuts you off and you don’t have to call back. It was as if the capriciousness of the cellular phone had enabled us to admit that we don’t want to talk to one another at all.

From the novel Breakeable You, by Brian Morton.

Fréquentations d’un secret

Lire: En ce sens, aimer et écrire sont donc deux fréquentations d’un secret qu’il faut accepter de ne jamais percer?

Eric-Emmanuel-Schmitt: Oui, la similitude est grande. Au départ, il y a un impérialisme dans l’écriture, c’est-à-dire une volonté de s’approcher du secret, de le révéler et de le résoudre. Puis vient la période de l’humilité, c’est-à-dire le moment où l’on comprend que ce secret est précisément ce qui nous rend fécond, qu’on ne parviendra jamais à le posséder et qu’on ne doit pas y parvenir. L’amour est semblable: accepter de ne pas posséder le secret de l’autre, se rendre compte que c’est précisément parce qu’on ne cherche pas à le percer que l’amour se fortifie. La littérature vise à rendre du mystère, pas à en percer. L’amour aussi, je crois.

Tiré d’un entretien entre Lire et Eric-Emmanuel-Schmitt.