Femmes, cinéma et critique

La AWFJ – Alliance of Women Film Journalists – décerne chaque année des prix aux meilleurs films de l’année précédente. Comme le rapporte The Hollywood Reporter, cette association a un humour particulier qui se reflète dans le choix de certaines catégories :

-Movie You Wanted To Love But Just Couldn‘t
-Actress Defying Age and Ageism
-Sexist Pig Award
-Most Egregious Age Difference Between The Leading Man and The Love Interest Award
-Best Depiction Of Nudity, Sexuality, or Seduction
-Unforgettable Moment Award

La liste des gens et des films en nomination est ici et les gagnants sont ici.

Le site Web de la AWFJ rapporte aussi les résultats d’une étude démontrant que plus de 70% des critiques de films sont faites par des hommes. L’article se conclut ainsi:

In summary, women are under-employed as reviewers of film in the nation’s 100 largest circulation newspapers. Not only are women outnumbered as film critics, staff writers, other types of critics, and freelancers, women also review fewer films on average than men. In addition, larger proportions of the films reviewed by women are for films with romantic themes, and those with women filmmakers and women protagonists or ensemble casts. However, the actual reviews written by men and women do not differ significantly in their length or nature. Women and men write equally positive and negative reviews and do not become significantly more positive when writing about films with same-sex protagonists or filmmakers.

Overall, these findings suggest that film criticism in this country’s newspapers is largely a male enterprise, echoing the predominance of men working on screen and behind the scenes in the film industry.

Dans la foulée cette semaine de l’annonce faite par le regroupement des Réalisatrices Équitables concernant la publication de l’étude «Encore pionnières – Parcours des réalisatrices québécoises en long métrage fiction», il pourrait être intéressant de faire le même exercice au Québec concernant la critique!

Vie à deux

Vous songez à emménager avec votre amoureux/amoureuse et vous avez besoin de conseils pour que ça marche bien une fois réunis en un même espace?

Mon article sur le sujet, publié il y a quelques mois dans la magazine Elle Québec, est maintenant en ligne ici.

Correctif

Mes excuses aux femmes qui organisent les Girl Geek Dinners de Montréal. La capsule que j’ai rédigée et qui a été publiée à votre sujet (celle dont je vous avais parlé) comporte des détails qui ne sont pas exacts, mais qui n’étaient pas dans ma version originale. Je sais que vos rencontres sont bilingues et j’en avais informé le magazine. Il semble cependant que le fait que votre site Web ne soit qu’en anglais ait causé de la confusion auprès de la rédaction du magazine.

En guise de correctif, je reproduis ici ma version d’origine et la version finale qui a été publiée. Je ne nomme pas le magazine en question parce que cette équipe est respectueuse de mon travail et nous avons une bonne collaboration. Mon intention n’est pas de jeter le blâme sur quelqu’un. La modification des textes sans vérification finale auprès du journaliste pigiste est pratique assez courante et d’autres pigistes que moi pourraient vous dire que ça aurait malheureusement pu arriver dans n’importe quelle publication. Je publie le tout pour rectifier les faits auprès des Girl Geek de Montréal. Un erratum sera publié dans un prochain numéro du magazine.

Version d’origine:
Les Girl Geek Dinners, vous connaissez? Ce sont des groupes de filles intéressées par la technologie et les nouveaux médias qui se rencontrent pour apprendre et faire du réseautage autour d’un repas. Le concept est né à Londres, mais les GG Dinners ont maintenant des chapitres dans 27 villes du monde, incluant Montréal. Les rencontres ont lieu chaque mois dans un endroit différent et tous sont les bienvenus, même ceux qui croient ne rien y connaître! On commence d’abord par discuter librement autour d’un repas, puis une des femmes est invitée à faire une présentation sur un sujet qui la passionne. Allez-y faire vibrer votre fibre techno!

Version modifiée et publiée:
Les Girl Geek Dinners, vous connaissez? Ce sont des groupes de filles mordues de technologie et de nouveaux médias qui se rencontrent pour discuter et réseauter autour d’un verre ou d’un bon repas. Né à Londres, le concept des GGD s’est propagé comme un virus dans 27 villes du monde, y compris Montréal, depuis décembre 2007. Chaque mois, les “geekettes” se réunissent dans un bar ou un restaurant et échangent sur un thème donné. Qu’on soit une pro ou une technonulle curieuse, les Girl Geek Dinners sont pour nous (même s’ils sont aussi ouverts aux hommes!) Le hic: pour l’instant, ça se passe uniquement en anglais. À quand des GGD en français? L’invitation est lancée!

Les Girl Geek me confirment que certaines présentatrices s’adressent aux participantes en français et que le groupe était à 80% francophone lors de la plus récente rencontre. Bref, si vous êtes intéressée par ces rencontres et que vous êtes francophone, les Girl Geek Dinners sont aussi pour vous.

Perspectives

Ceux qui ont déjà fait des entrevues journalistiques le savent: c’est souvent dans ce que les gens ne disent pas qu’on trouve la véritable réponse à nos questions. Les créateurs de Perspectives ont joué sur ce concept: ils ont posé une question à plusieurs personnes, puis au montage, ils ont retiré le contenu verbal de la réponse pour n’en garder que la gestuelle, les périodes de réflexion et les hésitations.

C’est étonnant de voir comment on peut très bien saisir ce qu’ils pensent du sujet traité.

On devrait faire la même chose avec les politiciens en campagne électorale. Plus révélateur qu’un discours, ça, c’est sûr!

Le choix du président

Ne manquez pas ces superbes photos par Scout Tufankjian, une photo-journaliste de Brooklyn qui a suivi Obama pendant les deux années de sa campagne. On a vraiment l’impression de saisir un moment d’histoire, mais plus intime, vu des coulisses.

Parmi cette collection qui fera bientôt l’objet d’un livre, la photo qui a le plus retenu mon attention est probablement une des plus intimes qu’il m’ait été donné de voir durant cette campagne.

Vous voyez ces yeux, messieurs? Ce qui passe dans ce regard?

De la plus fleur bleue à la plus cynique d’entre nous, c’est comme ça que nous rêvons toutes d’être regardées par l’élu de notre coeur.

Wow.

Perdre la guerre de l’opinion publique

“Bons communicateurs — aucun doute là-dessus –, les artistes se révèlent de mauvais stratèges dans leur démarche de sensibilisation et de mobilisation, comme le démontre la réaction du public face aux envolées émotives souvent excessives de ceux et celles qui volent au secours de la culture.

La démarche n’obtient pas le soutien espéré de la population et elle peut même potentiellement nuire à la cause de la culture, dans la mesure où elle crée une confusion quant au bien-fondé des objectifs poursuivis. Les artistes eux-mêmes proposent une étiquette floue, au point où certains se demandent s’ils sont partie intégrante d’une démarche politique partisane. [...]

Peut-être vaudrait-il mieux ramener le message sur les programmes abolis et ceux qui seront réduits. [...] Bref, la stratégie à adopter doit s’inspirer de la réalité plutôt que de l’émotif. Cela éviterait les effets de toges, le spectaculaire et les déclarations à l’emporte-pièce qui font croire à la population que les artistes se parlent entre eux et se convainquent eux-mêmes. [...] L’urgence n’empêche pas l’intelligence.”

Je vous suggère fortement la lecture de ce texte écrit par Michel Fréchette, communicateur-conseil et écrivain, publié dans Le Devoir d’aujourd’hui.

C’est ce que j’essayais de dire, en d’autres mots bien plus maladroits, dans mon billet précédent.

Bouder son plaisir

MISE À JOUR DU 21 SEPTEMBRE

À ceux qui arrivent du blogue de Patrick Lagacé
: Contrairement à ce que Patrick a écrit, je ne vois pas en cette vidéo “une attaque mal placée contre les Anglos.” Je ne crois pas que le but des créateurs de cette vidéo était d’attaquer les anglophones, non. Je suis consciente que pour les auteurs de la vidéo, les personnages du jury représentent des archétypes de la droite conservatrice. Je dis simplement qu’en insistant sur la différence linguistique, on met le focus sur le mauvais élément d’un point de vue stratégique. Comme le dit Jean-Paul Lafrance, politologue à l’UQAM, dans La Presse d’aujourd’hui: «Anonyme ou pas, le clip sème la confusion. Le message est ambigu. Ça joue sur la fibre nationaliste et, en même temps, ça dénonce les coupes du fédéral. Pourtant, les coupes du fédéral sont aussi vraies pour les francophones que pour les anglophones.»

Si vous prévoyez ajouter un commentaire sur mon blogue, je vous demanderais d’abord de lire le billet qui suit. Merci:

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Une vidéo intitulée Culture en péril a circulé un peu partout aujourd’hui dans les médias et sur la blogosphère québécoise.

J’ai ri.
Puis j’y ai repensé.
J’ai moins rigolé.

J’ai même été un peu découragée et je me suis prise dans un micro-débat sur un site de micro-blogging (Twitter, pour ceux qui connaissent) où j’ai éprouvé de macro-frustrations. Parce qu’on ne peut pas tout dire en 140 caractères. Et de toute évidence, on ne peut pas tout dire non plus dans une vidéo de 3 minutes, comme nous l’avons constaté aujourd’hui.

Je voulais écrire un billet pour clarifier ma position sur le sujet. Je suis d’abord allée du côté du blogue de Michel Dumais, j’ai suivi l’échange qu’on y retrouve et je me suis laissée emporter. Un long commentaire. Presque du kidnapping de blogue. Oups.

Au lieu d’écrire un nouveau billet pour mon blogue, j’ai décidé de reproduire ci-bas le commentaire que j’ai laissé chez Michel. Je vous encourage cependant à aller lire la discussion qui se déroule chez lui.

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Voici mon commentaire reproduit, mais légèrement modifié à des fins de clarté. J’ai commencé en réagissant aux propos d’un autre commentateur nommé PLR:

PLR a dit: “Je ne pense pas que les auteurs se cachent par peur de censure, les rumeurs vont bon train et les politiciens savent surement déjà qui “a fait le coup”. Je pense que les auteurs veulent s’assurer que leur nom et leur célébrité ne se trouvent pas sur le devant de la scène à la place du message. Ce n’est selon moi pas un acte de peur mais un acte d’humilité et d’intégrité.”

Humilité? Vous croyez sincèrement que c’est la raison première qui motive ce silence? Wow. J’aimerais avoir votre confiance en l’humanité. J’œuvre dans le domaine des arts et des médias, et de l’humilité, je n’en croise pas souvent. De l’intégrité? Oui, davantage. Mais intégrité implique habituellement une signature au bas de l’œuvre.

Il ne s’agit pas ici d’indiquer le nom d’une agence de communications. Dans une vidéo ou un court-métrage il y a les acteurs, oui. Mais il y a aussi un/une scénariste, un/une réalisateur/trice et un/une producteur/trice. Ces gens-là réclament habituellement haut et fort qu’on leur donne crédit pour leur collaboration à un film. Pourquoi sont-ils soudainement si heureux de s’effacer? Pourquoi les acteurs doivent-ils supporter tout le poids du risque? Et d’où viennent les sous?

La vidéo dont il est question est hilarante, bien écrite et très bien produite, avec d’excellents moyens techniques. J’ai vraiment rigolé en voyant Michel Rivard se “mettre” (ha ha!) encore davantage dans l’embarras en imitant un phoque avec ses deux mains qui claquent. Tordant!

Mais après le rire, que reste-t-il? Le message au fond, c’est quoi? Que la culture est menacée parce que les maudits anglos qui gèrent les programmes culturels ne comprennent pas bien le français? Parce qu’ils sont tous prudes et religieux et sautent aux conclusions trop rapidement?

Notre problème en est-il vraiment un de communication? Les coupures sont causées par la présence de deux solitudes? Vraiment?

La caricature est lourde et l’angle franco/anglo nous éloigne du cœur du problème selon moi: celui d’un gouvernement qui croit ne pas avoir à rendre de comptes et s’arrange pour tout faire en douce.

Je lis plusieurs blogues d’artistes et auteurs canadiens anglais et ils ne sont pas plus contents que bien d’entre nous du gouvernement actuel et de ses méthodes. Si le Québec n’était pas si fermé sur lui-même parfois, il saurait que ses artistes francophones n’ont pas le monopole de la défense du domaine culturel. Des scénaristes canadiens anglais bloguaient sur le sujet bien avant l’annonce des élections et bien avant la fameuse loi C-10 qui a d’ailleurs soulevé l’intérêt des gens d’ici un peu plus tard qu’au Canada anglais.

Ce sketch hilarant, c’est du matériel amusant digne d’un “Bye Bye”. Mais comme outil de persuasion, ça ne vaut pas grand chose. Lisez simplement les commentaires publiés sur Youtube et sur le blogue de Patrick Lagacé. Les anti-conservateurs applaudissent à tout rompre et les pro-conservateurs trouvent les artistes “chialeux”. Personne n’a bougé d’un iota sur son opinion d’origine. Personne n’a regardé cette vidéo en se disant: “ouin, c’est vrai dans le fond. Maintenant que j’ai vu ça, je ne vais peut-être pas voter pour Harper.” Non. Personne n’a bougé. Nous avons bien rigolé, puis les insultes (séparatistes! fédéralistes! artistes chialeux! fous furieux de droite!) ont repris de plus belle. Josée Verner ne va pas broncher. Monsieur Harper ne s’en trouvera pas dépeigné. Les conservateurs vont pouvoir encore argumenter qu’on simplifie le débat (s’ils se donnent même la peine de commenter). Ceux qui avaient prévu aller à la marche contre les coupures vont toujours y aller. Ceux qui prévoyaient rester chez eux vont y rester. Le débat n’a pas avancé et les artistes ne se sont pas vraiment fait entendre – ou comprendre – davantage. C’est ça qui m’attriste au fond.

Il nous reste juste une bonne rigolade à l’idée d’entendre le mot “suceux” dans la bouche d’un anglo. J’ai bien ri, comme les autres.

On me pardonnera tout de même de bouder un peu mon plaisir.

Les journalistes et chroniqueurs aujourd’hui ont été nombreux à s’empresser de dire à leurs lecteurs/auditeurs d’aller voir ce clip en rigolant et en disant que c’était génial. Leur manque de sens critique m’a étonnée. On avait l’impression d’une immense complicité: une connivence qui voulait créer un faux effet viral/Web autour d’un “lancement” qui, au fond, je m’en doute, avait été très bien orchestré. Certains d’entre eux ont même été jusqu’à dire qu’ils n’avaient pas voulu pousser pour savoir qui était à la base de cette vidéo. Pourquoi? Pour protéger des gens du milieu culturel? Ce n’est pas leur rôle. Mais c’est vrai que c’est un milieu bien, bien petit. Je suis même un peu nerveuse d’écrire tout ceci. Qui sait? Mon opinion si peu populaire aujourd’hui pourrait peut-être m’empêcher d’avoir quelques contrats dans le futur. Je comprends qu’on veuille s’éviter ce genre de problème. Qui a envie de mettre sa carrière en jeu?

Je suis d’accord avec monsieur Dumais. Si une vidéo pareille avait été produite par le camp adverse et qu’elle n’avait pas été signée par un réalisateur ou un producteur, ceux qui rient aujourd’hui crieraient au scandale. Imaginez si en plus on se moquait des Québécois en utilisant des clichés comme les sacres, les Speedos et la poutine! On demanderait des comptes. On insisterait pour avoir des noms.

J’ai entendu plusieurs fois aujourd’hui l’argument suivant: “Nos adversaires ne se privent pas d’utiliser l’exagération et la caricature, ben nous non plus”. Oh, allez! Un petit effort! Votre mère ne vous a pas appris quand vous étiez petit que la seule façon de vraiment gagner un combat ou une dispute contre des idiots, c’est d’être plus intelligent qu’eux?

Je comprends qu’on veuille à tout prix se débarrasser du gouvernement Harper. J’en suis encore moi-même à me demander pour qui je dois voter pour leur donner le moins de pouvoir possible. Je vois les résultats des sondages au Québec et je suis dépassée. Arriverons-nous à les remplacer au pouvoir? Je le souhaite. Mais la fin justifie-t-elle pour autant les moyens? Je n’arrive pas à penser comme ça. Je n’arrive pas à accepter de réduire, par de lourds clichés et de l’humour somme toute facile, la qualité d’un discours qui vole déjà assez bas. Non merci.

Il y a sûrement un meilleur moyen de convaincre les gens de la pertinence des revendications du milieu culturel, non? Être percutant ET pertinent TOUT en faisant passer un message qui n’est pas réducteur n’est pas chose facile, mais je crois que les artistes d’ici sont assez créatifs et débrouillards pour y arriver.

Media darling

I went to the pre-opening of the new Apple store in Montreal today with a very special assistant-reporter: my nephew Alexis.

PR people should always let reporters bring kids along with them. They make much more natural photography subjects than adults. As soon as he sat at the kids’ station, the photographers were all over him and he got to model for a few Montreal newspapers and Web sites. He thought it was a pretty cool thing to do for his 10th birthday, which is tomorrow.

Bonne fête Alexis!

(Un merci spécial à oncle M., même s’il ne s’est pas pointé ;-)

Conseils d’une (presque) pro

Oui, j’avoue, je l’ai fait à plusieurs reprises dans ma vie.

Parfois j’y ai songé longtemps avant de faire le saut. Parfois j’ai pris la décision sur un coup de tête… pour le regretter un peu plus tard. L’expérience m’a tout de même permis d’écrire un article publié dans le magazine Elle Québec du mois de juillet:

C’est l’été, les oiseaux chantent, vous êtes amoureuse et vous avez pris la décision d’emménager avec votre copain. Vous vous voyez déjà prendre votre café ensemble le matin, vous retrouver joyeusement en rentrant du boulot, vous lover dans ses bras toutes les nuits… C’est le grand amour alors tout ira bien… non?

Pas si vite! Ces petites manies qui vous séduisent maintenant l’un et l’autre pourraient bien vous rendre dingues dans quelques mois. Allez, ça arrive à tout le monde! Qui dit changement dit ajustements. Petit guide pour vous préparer aux sujets de discorde les plus fréquents.

L’article n’est pas encore en ligne, mais le magazine version papier est maintenant en kiosque. On y retrouve des anecdotes de femmes qui sont passées par là et des conseils de pro, incluant Kim et Sophie.

Une petite gêne

Dans le New York Times Magazine de ce weekend, Emily Gould, une ancienne éditrice d’un site Web américain bien connu expose ses doutes quant à ses années de pratique du blogue et sa tendance à… s’exposer.

The will to blog is a complicated thing, somewhere between inspiration and compulsion. It can feel almost like a biological impulse. You see something, or an idea occurs to you, and you have to share it with the Internet as soon as possible. What I didn’t realize was that those ideas and that urgency — and the sense of self-importance that made me think anyone would be interested in hearing what went on in my head — could just disappear.

Tout blogueur avec quelques années d’expérience qui aura la patience de lire ce long article le fera fort probablement en grimaçant. La naïveté de cette blogueuse et son manque de perspective rendent la lecture très inconfortable, même si on se doit d’admirer sa folle bravoure. Elle n’est pas seule là-dedans. L’ex dont elle parle dans son éditorial a commis les mêmes excès qu’elle dans un autre texte en pratiquant ce que les anglos appellent du oversharing.

Le plus pénible dans la lecture, bien sûr, c’est d’être obligé de s’avouer qu’on se reconnaît malgré tout ici et là, à travers l’article.

Cette impression d’intimité… Cette compulsion de partage qui devient si rapidement une habitude de vie qu’on ne la questionne plus. Une amie me disait récemment qu’elle avait perdu toute envie de bloguer depuis qu’elle se savait lue au-delà d’un cercle d’intimes. Nous sommes plusieurs à avoir connu ce sentiment tout en étant tout à fait conscients qu’il n’y a rien de plus public que le Web. Nous le savions dès le départ, au moment de démarrer le blogue. Au début, l’obscurité autour de nos écrits crée l’illusion d’une certaine protection. Puis les lampes de poche de Google se pointent une à une, jetant un éclairage cru sur le paradoxe dans lequel nous nous sommes volontairement plongés.

Oui, je sais. Les blogues ne sont pas que partage d’intime et exhibitionnisme mal placé. Mais même après plus de 6 ans de pratique, je suis forcée d’avouer qu’ils sont tout de même d’étranges choses. On n’a pas fini d’en faire le tour et d’en saisir toutes les ramifications. Les sociologues vont s’amuser avec tout ça dans une vingtaine d’années… si nous n’avons pas tout effacé d’ici là dans un grand geste soudain de pudeur collective.

L’article d’Emily Gould semble répondre à un article du New York Magazine publié il y a plus d’un an et qui demandait:

Because the truth is, we’re living in frontier country right now. We can take guesses at the future, but it’s hard to gauge the effects of a drug while you’re still taking it. What happens when a person who has archived her teens grows up? Will she regret her earlier decisions, or will she love the sturdy bridge she’s built to her younger self—not to mention the access to the past lives of friends, enemies, romantic partners? On a more pragmatic level, what does this do when you apply for a job or meet the person you’re going to marry? Will employers simply accept that everyone has a few videos of themselves trying to read the Bible while stoned? Will your kids watch those stoner Bible videos when they’re 16? Is there a point in the aging process when a person will want to pull back that curtain—or will the MySpace crowd maintain these flexible, cheerfully thick-skinned personae all the way into the nursing home?

J’ai souvent regretté ne pas avoir eu accès aux blogues alors que j’étais plus jeune. Après avoir lu l’article de Gould dans le New York Times, je suis plutôt contente de savoir que les périodes formatives (et plutôt émotives) de ma vie ont pu être vécues discrètement, sans archivage autre que mes carnets de papier.

Question de génération, comme le suggère l’article du New York Magazine cité plus haut? Il y a un an, je le croyais. Après avoir passé beaucoup de temps à réfléchir sur le sujet dans la dernière année, je n’en suis plus tout à fait convaincue. Ça explique – en partie – pourquoi c’est si calme autour d’ici depuis quelque temps.