Pope Story

La t�te couverte de teinture (F3 Golden Brown L�Or�al), j�entends � la radio qu�on s�appr�te � nommer le nouveau pape. Je d�cide donc d�allumer la t�l� et de regarder �a pendant que mes cheveux blancs disparaissent. Les chats me suivent devant la t�l�. Les chats sont des cr�atures tr�s spirituelles.

Je fixe comme tout le monde le petit rideau blanc derri�re le grand rideau mauve. On peut parfois distinguer une main qui �carte discr�tement le rideau, question de faire s��nerver les cam�ramen dont les appareils, zoom�s au maximum, se mettent � trembler plus fort que Jean-Paul II � la fin de son pontificat.

Il prend son temps, le p�tit nouveau. Bing! La sonnerie de mon chrono m�annonce que la premi�re partie de ma teinture (la fichue repousse) est compl�t�e. Le suspense dure plus longtemps qu�une teinture. Zut. Je vais perdre l�annonce officielle. Ah mais oui, c�est vrai, j�ai un ENP. Je peux donc mettre le pape sur “pause” et �couter la r�v�lation avec un peu de d�lai. Les chats me suivent jusqu�� la salle de bain du deuxi�me �tage et d�cident de faire leur toilette en m�me temps que moi. Ils sont spirituels mais ils sont surtout propres.

J�ajoute le F3 Golden Brown au reste de mes cheveux et je reviens devant la t�l�, suivie des chats qui commencent � trouver que la journ�e est bien excitante. Play. Fast Forward. L�annonce est enfin faite et le nouveau pape se pointe. Ma premi�re constatation : Belle t�te blanche (A4 Snow White L�Or�al). Je demande aux chats ce qu�ils pensent du nom de Beno�t 16. Ils m’ignorent. De toute �vidence, ce n��tait pas leur candidat pr�f�r�. C�est bien connu, les chats, bien que spirituels, ne sont pas tr�s conservateurs.

J��coute le pape faire sa premi�re b�n�diction et mes pens�es s�envolent, l�g�res comme une petite fum�e blanche. Je regarde le balcon papal et je pense aux gens qui sont l�. Qui sont-ils? Quel genre de vie ont-ils men�e pour en arriver l�? C�est qui le gars qui tient l��trange micro qui a l�air d�avoir �t� attach� sur un boyau d�arrosage? Est-ce qu�il est frustr� de n�avoir aucune chance d��tre pape un jour? A-t-il toujours r�v� d��tre le gars qui tient le micro pour le pape? Quel genre de petit gars c��tait? Est-ce que c�est g�nial pour lui d��tre devant tous ces gens et ces cam�ras? Est-il combl� de bonheur ou bien pense-t-il simplement � la mauvaise place qui lui sera encore assign�e durant le buffet qui suivra les c�r�monies? Dans quel genre de chambre va-t-il coucher ce soir? Va-t-il appeler sa s�ur, la plus jeune de la famille, pour s�assurer qu�elle l�a vu � la t�l�?

Le pape esquisse un sourire. Il a l�air �puis�. C�est comment, �tre nomm� pape � 78 ans? Est-ce que c��tait son r�ve de petit gar�on? Avait-il perdu tout espoir? Que pense-t-il maintenant qu�il se tient debout devant 150,000 personnes? Est-ce que c�est le plus beau jour de sa vie? Se dit-il qu�il est trop vieux pour �a, que c�est venu trop tard et qu�il a plut�t h�te d�aller se coucher? Ressent-il un iota du syndrome de l�imposteur � l�id�e que lui, p�tit gars de Bavi�re, deviendra l�ultime conseiller spirituel de millions de gens? Se demande-t-il si tout �a en valait la peine? A-t-il pens� � sa m�re? � son p�re? � la fille qui n�a pas voulu de lui au lyc�e?

Bing! Fin du chrono. C�est le temps de sauter sous la douche et de r�v�ler ma nouvelle chevelure Golden Brown.

Les chats ne me suivent plus. Mes interrogations ennuyantes les ont endormis. Je continue � me demander ce qui se passe en coulisse. Est-ce qu�il va y avoir un party? Qui va parler au nouveau pape en premier? Ils vont faire quoi les cardinaux ce soir? Se r�unir en cachette et bitcher?

Je n�y peux rien. � chaque �v�nement officiel, je me mets � voir l�humain derri�re le personnage. Un vieil homme va se coucher ce soir dans un grand lit et va se dire : � Je suis pape.� Essayez d�imaginer �a. Vous prenez une douche et vous vous dites : � Je suis pape. Y’a plein de gens qui sont en train de prier pour moi. � Vous �chappez des miettes de croissant sur votre pyjama et vous vous dites : � Je suis un pape couvert de miettes de croissant. � Vous �ternuez et vous vous dites : � C�est le premier atchou de mon pontificat. � Vous allez � la toilette et, bon� vous voyez o� je veux en venir.

�a ne me rentre pas dans la t�te comment on arrive � faire des mythes avec des gens bien ordinaires.

On n’est jamais si bien servi que par soi-m�me

St�phane de IkeaBoy a publi� une copie d’une annonce parue dans le Voir de cette semaine. J’avais aussi remarqu� cette �trange pub, publi�e par un auteur de romans qui se cherche un �diteur.

Le ton de l’annonce a quelque chose de d�sesp�r� et son humour fait grincer des dents. Le pire c’est que �a ne donne vraiment pas envie de le lire.

Est-ce que ce serait un canular?

Un lancement

Yulzine est n�!

Say welcome to Yulzine!

Bravo � l’infatiguable Patrick pour ce lancement! Jolie mise en page.

Learning to shut up

“As lovers we must have these sacraments, these actions which restore our focus, and therefore ourselves. For our lives are hurried and much too distracted, and one of the strangest and most dangerous of all distractions is this lethargy of self we suffer from, this part of ourselves that does not want to get out of bed and once out of bed does not want to dress and once dressed does not want to prepare breakfast and once fed does not want to work. And what does it want?

Perhaps it wants nothing at all. It is a mystery, a lovely one because it is human, but it is also dangerous. Some days it does not want to love, and we yield to it, we drop into an abyss whose walls echo with strange dialogues. These dialogues are with the beloved, and at their center is a repetition of the word I and sometimes you, but neither word now is uttered with a nimbus of blessing.

These are the nights when we sit in that kitchen and talk too long and too much, so that the words multiply each other, and what they express – pain, doubt, anxiousness, dread – becomes emotions which are not rooted in our true (or better) selves, which exist apart from those two gentle people who shared eggs at this same table which now is soiled with ashes and glass-rings. [...]

So what I want and want to give, more than the intimacy of words, is shared ritual, the sacraments. I believe that, without those, all our talking, no matter how enlightened, will finally drain us, divide us into two confused and frustrated people, then destroy us as lovers. We are of the flesh, and we must turn with faith toward that truth. We need the companion on the march, the arms and lips and body against the dark of the night. [...]

We can bring our human, distracted love into focus with an act that doesn’t need words, an act which dramatizes for us what we are together. The act itself can be anything: five beaten and scrambled eggs, two glasses of wine, running beside each other in rhythm with the pace and breath of the beloved. They are all parts of that loveliest of all sacraments between man and woman, the passionate harmony of flesh whose breath and dance and murmur says: We are, we are, we are…”

I just finished reading Broken Vessels, essays by Andre Dubus. He also wrote We don’t live here anymore, which was recently made into a movie with a great cast.

There’s something about Jack

The Jack Layton Film Festival in Toronto offers films about �social democracy, the human condition, peace love and understanding and maybe even a laugh or two�. There will be a Leonard Cohen theme night where you will be able to drink cocktails called The Suzanne, The Marianne and Bird on a Wire.

That orange beret leaves me speechless (but not necessarily in a bad way).

Via Shatnerian.

Transfert vid�

J’ai de courts segments sur cassette vid�o que j’aimerais faire num�riser, de VHS et de HI8 � AVI (ou en format Quicktime). Est-ce que quelqu’un dans la r�gion de Montr�al aurait un endroit � me recommander pour faire faire ce transfert sans me ruiner?

2 signes infaillibles du printemps

Les abris Tempo sont rentr�s et les chats sont sortis.

The Mini and Spiff on the balcony remind me of Statler and Waldorf from The Muppet Show. If the cats could talk, this is exactly what they would sound like.

Trudeau’s wet dream

En r�action � un billet que j�avais �crit � propos des Genie Awards, Shatnerian a �crit un billet bien int�ressant sur le cin�ma canadien anglais et son manque d’auditoire.

“I remember seeing The Hanging Garden which contains a scene in which a Nova Scotian character takes a swig of a Moosehead beer and quietly mutters, “That guy can take a long, hard suck on me arse.” Hearing something on screen that sounded more like my relatives rather than some person from New York or Texas is pretty cool. For that reason, well, why wouldn’t someone want to hear their own accent, their own voice, reflected back to them?”

Hier soir je suis all�e � un 5 � 7 de la Writers Guild of Canada, une association dont je suis membre depuis deux ans environ. J’ai d� devenir membre parce que les deux sc�narios que j�ai �crits sont en anglais et que la productrice (francophone) avec laquelle je travaille est signataire d’une entente avec la WGC.

Les temps sont durs pour les auteurs et sc�naristes canadiens anglais, particuli�rement pour ceux qui vivent au Qu�bec et souhaitent continuer � travailler ici. Le march� est tr�s petit, le voisin du sud prend beaucoup, beaucoup de place et les diffuseurs canadiens pr�f�rent souvent consacrer du temps d’antenne aux traductions de s�ries am�ricaines. C’est une r�alit� avec laquelle je n’�tais pas du tout famili�re avant de fr�quenter un anglophone, membre de la Quebec Writers’ Federation. “My repressed anglo”, comme j’aime bien le taquiner (oui, il a un excellent sens de l’humour � ce sujet). Comme c�est s�rement le cas pour bien des francophones, il �tait difficile pour moi de voir les auteurs anglophones qu�b�cois comme une minorit� qui a besoin d��tre prot�g�e, dans la mesure o�, pour moi, ils faisaient partie de la majorit� canadienne anglaise. Je croyais donc que leurs droits �taient bien repr�sent�s.

C��tait un peu bizarre pour moi de participer � ce 5 � 7 hier soir et d�entendre les plaintes des auteurs anglophones qui vivent au Qu�bec. Le ton des revendications est le m�me que celui des francophones � l��chelle nationale. La minorit� croit qu�elle vit une situation particuli�re et qu�elle est victime de certaines injustices. Les gouvernements font la sourde oreille � leurs revendications. Chaque droit gagn� est le r�sultat d�un long combat. Vous connaissez la chanson.

Ma vision des choses �volue avec le temps, d�autant plus que je me retrouve dans une �trange situation : une francophone qui �crit en anglais, pour un producteur francophone qui pr�sente une demande de financement � T�l�film Canada au niveau national, en concurrence directe avec des producteurs anglophones. La lourdeur de la phrase pr�c�dente veut tout dire. Il faut �tre familier avec la proc�dure (et je ne le suis pas tout � fait encore) pour bien saisir la complexit� de la chose et tout le contexte politique, social et culturel qui entoure une telle demande de financement.

Je commence ces jours-ci un nouveau sc�nario, cette fois-ci en fran�ais, une premi�re pour moi (du moins une premi�re “pay�e”). C�est une collaboration avec un com�dien et animateur bien connu et appr�ci� du public qu�b�cois mais parfaitement inconnu chez les anglophones. En raison de ce contrat, je deviendrai donc membre de la SARTEC, la Soci�t� des auteurs de radio, t�l�vision et cin�ma. Autre association, autre revendications. (J��tais membre de la F�d�ration des journalistes et de l�Association des r�alisateurs mais cette schyzophr�nie professionnelle �tait trop lourde � porter et je n�ai pas renouvel� mes adh�sions.)

J�aimerais pouvoir continuer � travailler dans les deux langues mais je suis consciente que cette situation fait de moi une sorte d�outsider (sans �tre la seule dans ce cas), toujours entre deux appartenances, toujours entre deux causes � d�fendre (non, je ne dirai pas � deux solitudes �). J’ignore si le march� va �voluer vers des auteurs bilingues ou si, au contraire, il se polarisera davantage avec le temps.

Un ami m�a r�cemment dit avec enthousiasme : � You are Trudeau�s wet dream. � Oh boy! �a m�a fait bien rire! J�ai compris que c��tait un compliment, m�me si l�image me faisait peur. La militante ind�pendantiste que j��tais � 20 ans aurait eu horreur de cette image. Et la sc�nariste de 38 ans, qu�en pense-t-elle? Elle croit que les images, c�est fait pour le cin�ma. ;-)

Bloggers are big babies

When I was young, we had to walk 10 miles in the snow to get to a 14.4 modem.

Retour sur un sondage maison

Merci aux nombreuses personnes qui ont particip� � mon petit sondage maison de la semaine derni�re concernant l�abonnement aux journaux, version papier.

Pourquoi vous poser cette question? Jeudi dernier, j�ai fait une pr�sentation de deux heures � une �quipe de gestionnaires de grands quotidiens qu�b�cois. La pr�sentation portait sur la question des blogues et de leur �volution, pour se pencher ensuite un peu plus pr�cis�ment sur les liens entretenus par les cybercarnets et la presse.

Je n�ai aucun abonnement � la version papier d�un journal. Je suis cependant abonn�e au magazine en ligne Salon ainsi qu�� plusieurs magazines sur papier (nous en recevons une dizaine � la maison � tous les mois). J�avais l�impression que mon cas �tait typique des gens qui passent beaucoup de temps sur le Web, d�autant plus que la plupart de mes amis ne sont pas abonn�s non plus � la version papier des journaux.

Quelques articles �crits par des journalistes am�ricains, dont celui-ci, chez Wired, parlent d�un sondage qui a r�v�l� que les 18-34 ans ne s�abonnent pas aux journaux aux �tats-unis. J�ai cru que c��tait probablement la m�me chose ici et j�ai voulu v�rifier cette th�orie, m�me si ce n��tait pas du tout de mani�re scientifique.

Vos r�ponses m�ont quand m�me surprise. Sur les 99 personnes qui ont r�pondu � mon sondage maison (environ � de mon lectorat quotidien), plus de la moiti� des r�pondants (55) sont abonn�s � un journal papier, livr� � la maison (ou achet� tous les jours). Sur ces 55 personnes, 11 sont abonn�es � plus d�un journal. Seulement 2 personnes ont dit �tre abonn�es � la version �lectronique d�un quotidien. La Presse est en t�te, suivie d’assez pr�s par Le Devoir puis par The Gazette. On compte aussi des lecteurs du Globe and Mail, du Soleil, du Monde, du New York Times, de Lib�ration, et deux lecteurs du Journal de Montr�al.

Parmi ceux d�entre vous qui n��tes pas abonn�s � la version papier d�un journal (44), de nombreuses personnes ont quand m�me affirm� lire les journaux en ligne. �a fait donc beaucoup de lecteurs de journaux chez les blogueurs qui fr�quentent ni.vu.ni.connu et c�est bien plus que ce que je croyais. Tout en restant consciente qu�il ne s�agit pas ici d�un �chantillon scientifiquement correct, il me semble bien que la tendance observ�e aux �tats-unis chez les 18-34 ans ne se manifeste pas (encore) ici.

Ou bien c�est tout simplement que mon lectorat est plus �g�! Merci d�avoir particip� en si grand nombre, mes vieux! ;-) Ce fut une d�marche int�ressante dans la pr�paration de ma pr�sentation. �a m�a aussi permis de d�couvrir des blogues (et des lecteurs) dont j�ignorais l�existence. Encore de belles heures de lecture en perspective!