Le bruit des choses vivantes

Deux fenêtres

Les bruits que tu génères dans la cuisine quand tu me prépares un repas. Les chaudrons qui s’entrechoquent. Le frétillement du beurre dans la poêle. Les gargouillements du vin que tu verses dans une coupe. Le son de tes pas prudents qui montent l’escalier pour m’apporter le vin alors que je travaille un peu plus tard que d’habitude.

L’écho de ton silence blessé mais avisé, quand mon ton s’élève en même temps que s’échauffe le côté latin de ma culture. Ton rire ravi quand je te lance une blague de mauvais goût. Le ton un peu plus aigu, pressé, que prend ta voix quand tu veux poursuivre l’histoire que tu racontes et que tu veux t’assurer que je n’arrêterai pas de t’écouter. Le tintamarre enlevant de nos conversations qui ne suivent jamais la même partition.

Le bruit sec d’un baiser mouillé suivi de celui d’un au revoir lancé à la course. Les vibrations générées par la porte avant qui se referme puis la clé qui fait claquer la serrure qu’il faudra bientôt remplacer.

Le ronronnement du frigo (qu’il faudra aussi bientôt remplacer). Les pas feutrés du chat qui aurait bien voulu te suivre à l’extérieur. Puis plus rien.

Sauf le silence régénérateur de la solitude temporaire.

En écho au billet de Marie-José qui s’inspire de la série “Dix minutes, pas une de plus” démarrée par Clément.

Le titre de ce billet est emprunté à un très beau roman d’Élise Turcotte.

Mémoire olfactive

Main sur un livre de recettes

Parfois, sans y penser, je porte la main à mon visage et la force du souvenir me surprend comme une gifle. Cette odeur sur ma peau, c’est la tienne. Ça sent exactement comme tes mains.

Tu n’étais pas le genre de mère qui recherchait les câlins ou les rapprochements physiques. Mais parfois, quand tes mains ne s’affairaient pas à quelque tâche domestique – ce qui était rare – j’en profitais pour en saisir une et je la respirais profondément. Ça sentait l’oignon, la pâte à tarte, le citron. Ce que tu avais touché dans la journée. Peu importe. J’étais persuadée que si on me bandait les yeux et me faisait sentir des dizaines de mains, je saurais trouver la tienne.

Le contact ne durait jamais longtemps. Tu avais toujours besoin de tes mains pour faire quelque chose.

Dix-huit Noëls sans toi. C’est long.

On dit que l’odorat est celui de nos sens qui a la meilleure mémoire. Les yeux fermés, saurais-je encore retrouver tes mains?

(Billet rédigé suite à celui de Clément dans la série Dix minutes pas une de plus.)

Été 2014

Woman walking in Chicago
Marcher seule dans une ville qu’on ne connaît pas et se sentir plus en vie que jamais. Remarquer tout: la lumière qui fait son chemin entre deux édifices, la femme qui éclate de rire en parlant au téléphone, l’odeur de pizza qui émane d’une trappe d’aération, la manière dont l’ombre d’un arbre vient se confondre avec celle d’une oeuvre d’art urbaine.

Avancer sans jamais s’arrêter plus que quelques secondes, même quand la beauté d’un édifice nous coupe le souffle, même quand l’alignement des gratte-ciels crée un angle parfait. Parcourir des kilomètres et des kilomètres dans une ville inconnue, sans agenda et sans but précis, à part celui de se perdre.

Rêver d’ailleurs, un pied devant l’autre, nez en l’air et sourire aux lèvres.

Clément a raison: la lumière adore Chicago.

J’ai rêvé à toi hier

Une fiction instantanée.
À voir préférablement en plus haute résolution ici.

I dreamed about you last night from Martine on Vimeo.

La vie de scénariste

L’énigme des retours

Lady on a train

Partir en voyage, ça a longtemps signifié pour moi découvrir de nouveaux lieux et des cultures différentes. Même si cet aspect restera toujours au centre de mes intérêts, je me rends compte en vieillissant que j’apprécie de plus en plus retourner dans des endroits que j’ai déjà visités.

Ce plaisir répond-il à un besoin grandissant de sécurité? Suis-je en train de me transformer en snow bird qui prend son envol vers le même lieu chaque année sans se poser de question? Pas du tout! Oui, c’est vrai que la familiarité avec un lieu peut sécuriser le voyageur. C’est agréable de reconnaître les rues, de ne pas se perdre dans le métro, de manger dans un restaurant dont on garde de beaux souvenirs, de se faire croire pendant un moment qu’on est “quelqu’un de la place”. Mais ce n’est pas que ce qui me séduit particulièrement dans ces voyages.

Mes retours dans un lieu déjà visité ne se transforment pas en pèlerinage. Ils ne sont pas de bêtes répétitions de périples précédents. Je ne cherche pas, à grand renfort de nostalgie, à répéter pas à pas le parcours de la personne que j’étais. J’aime au contraire voir mes intérêts bouger, mon regard se porter sur de nouveaux éléments.

En regardant mes photos d’un récent voyage dans une ville où j’en étais à ma sept ou huitième visite (sur une période de 24 ans), j’ai été étonnée de constater jusqu’à quel point je m’étais attardée à la flore, moi qui n’ai jamais eu beaucoup d’intérêt pour les plantes! J’ai saisi l’image de nombreuses fleurs sauvages, de cactus étranges, d’arbres déformés, exposés à un climat très différent de celui qui m’entoure au quotidien. J’ai pris grand plaisir à observer en détails les jardins dont les gens de la région choisissaient d’entourer leur maison. Une des rares photos que j’ai pris le soin d’imprimer montre une superbe plante à la symétrie parfaite qui poussait banalement entre le trottoir et la rue comme poussent les mauvaises herbes au Québec. Un petit moment de grâce dans un quartier modeste dont la beauté m’aurait échappé par le passé.

J’organise aussi de plus en plus mes parcours autour de visites architecturales. Je ne suis pas une grande adepte des visites guidées. Je me procure plutôt des livres qui m’orientent vers des lieux accessibles à tous, parfois encore habités au quotidien. Le bonheur de trouver dans une banlieue banale une demeure construite par un grand architecte qui avait des visées populaires! La joie de pouvoir s’installer confortablement dans un fauteuil et de regarder un coucher de soleil spectaculaire dans le genre de maison dont on ne peut habituellement rêver que de loin! Je ne sais pas si la personne que j’étais à 20 ans aurait pu être émue aux larmes par cette harmonie parfaite entre architecture et emplacement. C’est le genre de détails à côté duquel je serais probablement passée tout droit, en route vers une soirée avec des amis de mon âge, toute centrée sur le plaisir à venir plutôt que sur celui qui se présente juste là, devant mes yeux.

Si les voyages forment la jeunesse, peut-être que les “retours” eux, aident la personne qui avance en âge à mieux saisir ce qu’elle est devenue. Oui, c’est important et c’est absolument génial d’être surpris par l’inconnu. Mais ça peut l’être tout autant d’arriver encore à se surprendre soi-même.

10 years of great writing

I met Beth before I started reading her blog, at a time when I was very involved in a Montreal blogging community. There were about twenty of us meeting in a bar on a monthly basis. Beth and Jon showed up one night and my partner and I ended up talking with them for a good part of the evening. I found them open, curious and easy to talk to. She and Jon had not yet moved to Montreal full time but after I went home and read her blog, I really hoped that we would share the same city one day.

We did more than that: we became friends, the kind that actually hang out with each other in person. I have met a lot of people through blogging and I’m often surprised by how different people are from the presence they project through their own writing. Not Beth! She’s as warm, calm and thoughtful as her words are.

Over the years, The Cassandra Pages have been “un moment de pause” for me, a way to stop time for a minute and take a second look at things that are familiar to me (the city of Montreal) or things I’m less at ease with (poetry, religion, in-laws…)

I always feel better about the world after I read Beth’s blog, even when the subject of her post is dark or sad. But best of all, after every visit, I leave The Cassandra pages with a deep desire to write. What an inspiration she can be! Of course, this feeling is immediately followed by nervousness: how could I possibly express moments, feelings, beauty, places and people as well and as steadily as she does?

It’s a silly thought, of course. Blogging is not a competitive sport. It’s about giving a platform to a great variety of voices that would not otherwise be heard. In the last few years, the blogosphere has lost quite a bit of steam (my 11 year-old blog included) and it can get pretty noisy. Through all that noise, 10 years later, The Cassandra Pages remain an oasis of calm and a place to reflect on things that matter. “Longue vie” to Beth’s blog and long live our friendship!

Un moment de grâce

Je sais que 2013 est encore jeune, mais je sais déjà que cette vidéo est une des choses les plus touchantes que je verrai cette année.

Sendak video

L’auteur et illustrateur Christoph Niemann a voulu rendre hommage à Maurice Sendak en illustrant un extrait d’une entrevue que ce dernier avait accordé à Terry Gross avant son décès. Je n’ai pas la larme facile, mais quand Sendak, de sa voix brisée, nous exhorte de “live your life, live your life, live your life”, mon coeur se serre…

How memory becomes nostalgia

“There is a stage you reach, Deagle thinks, a time somewhere in early middle age, when your past ceases to be about yourself. Your connection to your former life is like a dream or delirium, and that person who you once were is merely a fond acquaintance, or a beloved character from a storybook. This is how memory becomes nostalgia. They are two very different things—the same way that a person is different from a photograph of a person.”

Stay Awake, by Dan Chaon.

Il y a 10 ans

Pour souligner le 10ième anniversaire de création du blogue de Laurent Gloaguen, Embruns, j’ai remis en ligne un billet que j’avais publié sur ni vu ni connu au début de l’année 2003. J’avais demandé aux blogueurs de m’envoyer une photo de l’endroit à partir duquel ils bloguaient. Inutile de dire qu’à l’époque, personne ne publiait grâce à son téléphone ou sa tablette numérique!

C’est joliment rétro, avec des ordinateurs d’une taille impressionnante. Sur les 30 blogues présentés, 14 sont des liens morts, 6 ont déménagé vers une nouvelle adresse et 10 sont toujours actifs au même endroit et publient encore plusieurs fois par année. Tout de même persévérants, les “early adopters”!

Where are you blogging from?