10 years of great writing

I met Beth before I started reading her blog, at a time when I was very involved in a Montreal blogging community. There were about twenty of us meeting in a bar on a monthly basis. Beth and Jon showed up one night and my partner and I ended up talking with them for a good part of the evening. I found them open, curious and easy to talk to. She and Jon had not yet moved to Montreal full time but after I went home and read her blog, I really hoped that we would share the same city one day.

We did more than that: we became friends, the kind that actually hang out with each other in person. I have met a lot of people through blogging and I’m often surprised by how different people are from the presence they project through their own writing. Not Beth! She’s as warm, calm and thoughtful as her words are.

Over the years, The Cassandra Pages have been “un moment de pause” for me, a way to stop time for a minute and take a second look at things that are familiar to me (the city of Montreal) or things I’m less at ease with (poetry, religion, in-laws…)

I always feel better about the world after I read Beth’s blog, even when the subject of her post is dark or sad. But best of all, after every visit, I leave The Cassandra pages with a deep desire to write. What an inspiration she can be! Of course, this feeling is immediately followed by nervousness: how could I possibly express moments, feelings, beauty, places and people as well and as steadily as she does?

It’s a silly thought, of course. Blogging is not a competitive sport. It’s about giving a platform to a great variety of voices that would not otherwise be heard. In the last few years, the blogosphere has lost quite a bit of steam (my 11 year-old blog included) and it can get pretty noisy. Through all that noise, 10 years later, The Cassandra Pages remain an oasis of calm and a place to reflect on things that matter. “Longue vie” to Beth’s blog and long live our friendship!

Un moment de grâce

Je sais que 2013 est encore jeune, mais je sais déjà que cette vidéo est une des choses les plus touchantes que je verrai cette année.

Sendak video

L’auteur et illustrateur Christoph Niemann a voulu rendre hommage à Maurice Sendak en illustrant un extrait d’une entrevue que ce dernier avait accordé à Terry Gross avant son décès. Je n’ai pas la larme facile, mais quand Sendak, de sa voix brisée, nous exhorte de “live your life, live your life, live your life”, mon coeur se serre…

How memory becomes nostalgia

“There is a stage you reach, Deagle thinks, a time somewhere in early middle age, when your past ceases to be about yourself. Your connection to your former life is like a dream or delirium, and that person who you once were is merely a fond acquaintance, or a beloved character from a storybook. This is how memory becomes nostalgia. They are two very different things—the same way that a person is different from a photograph of a person.”

Stay Awake, by Dan Chaon.

Il y a 10 ans

Pour souligner le 10ième anniversaire de création du blogue de Laurent Gloaguen, Embruns, j’ai remis en ligne un billet que j’avais publié sur ni vu ni connu au début de l’année 2003. J’avais demandé aux blogueurs de m’envoyer une photo de l’endroit à partir duquel ils bloguaient. Inutile de dire qu’à l’époque, personne ne publiait grâce à son téléphone ou sa tablette numérique!

C’est joliment rétro, avec des ordinateurs d’une taille impressionnante. Sur les 30 blogues présentés, 14 sont des liens morts, 6 ont déménagé vers une nouvelle adresse et 10 sont toujours actifs au même endroit et publient encore plusieurs fois par année. Tout de même persévérants, les “early adopters”!

Where are you blogging from?

How authors write according to MIT

I find the question of how new media and new technologies influence writing immensely fascinating!

“At a time when new media are proliferating, it is tempting to imagine that authors, thinking about how their writing will appear on devices such as electronic readers, tablet computers, or smartphones, consciously or unconsciously adapt their prose to the exigencies of publishing platforms. But that’s not what actually happens. [...]
Egan, Gould, Sebald, Kerouac, and Baker were all writing in eras when new media were everywhere, but what computer scientists call “platform shift” did not get their juices going. The technologies of composition did. Why this should be so is not mysterious. The explanation is that literary writers are solitary creatures: their days are spent alone, with keyboards and pens under their fingers and a humming photocopying machine down the road at the university. Those things are real, and what one can do with them exciting, while websites, e-readers, and even books seem abstractions, mere mechanisms of distribution.”

How authors write, Jason Pontin, MIT Technology review, October 24 2012.

Malgré tout on rit à St-Henri

Couverture Malgré tout on rit à St-Henri
Rattrape mon retard dans la lecture de romans québécois avant la publication des romans de plusieurs amis cet automne! Coup de coeur pour le recueil de nouvelles “Malgré tout on rit à St-Henri” de Daniel Grenier, publié chez Le Quartanier. Ton original mais sans prétention, bel humour, micro-univers fascinants. Le recueil manque un peu de cohésion (on aurait dû laisser plusieurs textes de côté) mais j’ai vraiment beaucoup apprécié. Curieuse de voir de quoi aura l’air son prochain livre! Il paraît qu’on devra attendre encore un peu car l’auteur veut d’abord terminer son doctorat. Sage…

Note: Réflexion intéressante sur Littblog – à laquelle a participé l’auteur du recueil – concernant la pertinence du concept “d’unité” dans un recueil de nouvelles.

Purgatorial form

One of the best description of screenwriting I’ve ever read:

“The problem with screenplays is there’s rarely an end product. They’re just blueprints. That’s all they are. If they’re not made into movies, that’s all they are, this purgatorial form called “screenplay”. And you can go from one blueprint after another after another and then draft after draft – but it’s kind of like fantasizing about sex rather than experiencing it.”

Rex Pickett, novelist (Sideways) and screenwriter, quoted in Backstory (iPad magazine).

Gastronomie à bord du Canadien

Assise seule dans ma petite cabine, laptop sur les cuisses et luttant contre le sommeil, j’entends des pas rapides dans le couloir. Une employée de Via Rail interpèle les passagers tout en circulant dans le wagon:

“Deuxième service! Le deuxième service pour le souper vient de commencer!”

Déjà!
L’appel est irrésistible, même s’il me semble qu’on vient juste de terminer le dîner.

Quand j’en fais la remarque à notre serveuse, un sourire patient marque ses lèvres: “On nous fait toujours ce commentaire.” Alors qu’elle retourne vers la cuisine, j’admire ses talents d’équilibriste. La voiture-restaurant est animée par le mouvement du train sur les rails et par le bruit des tasses à café qui sautillent sur leur soucoupe. Cling! Clac! Cling! Impassible, la serveuse balance des assiettes sur ses avant-bras comme si elle travaillait sur la plus stable des plateformes. Il faut dire que ces gens là passant une bonne partie de leur vie (et de leurs nuits!) à bord du train. Les employés semblent d’ailleurs pour la plupart très attachés à leur travail. Nous avons fait la rencontre d’un responsable de voiture-restaurant qui prendra sa retraite l’an prochain après 35 ans de service sur le train!

Après la beauté des paysages, les repas sont la deuxième plus grande attraction sur Le Canadien de Via Rail. La nourriture offerte aux passagers sur ce mythique parcours entre Toronto et Vancouver avait déjà bonne réputation, mais le menu n’avait pas changé depuis longtemps. Donner un coup de jeunesse à la carte, ce fut la responsabilité de Martin Gemme. Comptant à son actif des expériences très variées dans des cuisines de Montréal et du Grand Nord, Martin est en charge de la planification des services (nourriture, boisson, divertissement, interaction avec le personnel) sur les trains longs parcours de Via Rail.

Canard
Mon plat préféré du voyage : du canard bien apprêté!

La tâche n’était pas simple: son équipe compte environ 80 chefs et 60 assistants en cuisine. Cuisiner à bord d’un train représente un défi très particulier : l’espace est restreint (assez pour un chef et un assistant), le mouvement est constant et parfois brusque (il y a des rampes vissées au comptoir et on oublie la friteuse!), l’approvisionnement doit être renouvelé en route et les journées sont TRÈS longues (le chef doit préparer le déjeuner, dîner, souper et passer ses nuits à bord du train). Les équipes sont basées à Montréal, Toronto, Winnipeg et Vancouver. Pendant un parcours de quatre jours comme le nôtre, l’équipage du train change à Winnipeg, de sorte que les cuisiniers et serveurs que nous avons rencontrés dans les deux premiers jours ont fait place à une nouvelle équipe pour le reste du voyage. Pas facile donc de s’assurer de la constance au niveau de la qualité et de la fraîcheur!

Devant un défi de taille, rien de mieux que le travail d’équipe! En décembre 2011, Martin s’est réuni avec huit de ses chefs. Pendant deux jours, ils ont fait des expérimentations en cuisine et ont concoctés 78 plats. C’était le Défi Création Menu de Via Rail, un atelier de travail qui a donné naissance à un tout nouveau menu. Martin qualifie le résultat de “cuisine canadienne contemporaine inspirée des régions que l’on traverse”.

Ce menu était offert à bord du train depuis deux semaines seulement quand les blogueurs et moi avons pris place à bord. Martin nous a accompagnés pour l’aller de Toronto à Vancouver. Il a été bien patient avec nous, répondant à toutes nos questions et sollicitant nos commentaires (en grande majorité très positifs) sur les plats que nous avions choisis. Ils nous a fait visiter la cuisine (rapidement, car ils sont toujours en mode production!) et nous a guidés lors d’une dégustation des vins canadiens qui sont servis à bord. Les passagers en classe Voiture-lits Plus ont trois repas par jour inclus dans le prix de leur billet. L’alcool est vendu séparément (autour de 9$ du verre).

La voiture-restaurant peut accueillir une quarantaine de convives à la fois, en table de quatre. L’atmosphère est décontractée et le service l’est tout autant. Selon le nombre de passagers, il y a deux ou trois services pour le dîner et le souper. On vous assigne un service la veille avec un ticket de réservation. Pour le déjeuner, c’est premier arrivé, premier servi. Vous voyagez en solo? Pas question de manger seul. On vous désignera une table que vous aurez à partager avec d’autres passagers.

Il faut donc être ouvert aux rencontres! J’ai eu des échanges intéressants avec des gens de partout dans le monde : des retraités canadiens (oui, il y en a beaucoup), des fermiers de Pennsylvanie qui gardaient des moutons pour couper leur gazon, un couple de québécois et leur charmante pré-ado qui prenaient quelques semaines de vacances dans l’ouest, un informaticien qui arrivait d’un mois en Colombie-Britannique où il a essayé de vendre une propriété dont il venait d’hériter au milieu de nulle part, une organisatrice d’événements spéciaux dans la vingtaine sur le bord du burn out (mais qui ne se privait pas pour faire la fête), une très jolie adolescente allemande travaillant comme au pair dans une famille de Trois-Rivières, plusieurs membres de la famille des employés de Via (profitant des rabais?), et un jeune homme aux yeux très bleus et à l’accent mystérieux qui parlait peu et qui évitait de préciser quel genre “d’affaires” il menait au Canada (je soupçonne que c’était un espion).

Bien manger, c’est toujours agréable. Mais bien manger avec des paysages constamment renouvelés à sa fenêtre? C’est vraiment toute une expérience à vivre. Malgré le manque de sommeil, mon enthousiasme refaisait toujours surface au moment des repas. Oui, je sais, qui dort dîne. Mais sur le train, c’est l’inverse. Qui dîne aussi bien peut supporter de dormir un peu moins!

J’ai compilé un court diaporama, qui, je l’espère, saura vous donner une bonne idée de mon expérience gastronomique à bord du Canadien.
À voir idéalement en mode “fullscreen”.

Slideshow:
Fullscreen:

Pour avoir une idée encore plus complète de l’expérience, je vous suggère de lire les billets rédigés par les quatre autres blogueurs à bord du train: Valerie, Mayssam, Dustin et Jean-François (dont on a très hâte de voir les photos).

Jour 3 à bord du Canadien

Écrire en train se révèle plus difficile que je ne l’espérais. Premier obstacle tout simple que je n’avais pas prévu : ça bouge vraiment beaucoup, un train! Pas facile de taper au clavier ou même d’écrire à la main quand nos doigts sautillent. Même la lecture peut devenir fatigante avec les mouvements constants du train. Les cabines où l’on dort sont petites et les fauteuils auxquels les couchettes font place dans la journée ne sont pas munis de tablettes.

Cabine double
Fauteuils

Je me suis installée à quelques reprises dans le wagon d’activités, là où il y a des tables. Avec des écouteurs, on peut arriver à s’isoler pour travailler mais la tentation est forte d’entamer la conversation! (Le wagon s’est rempli quelques instants après que j’aie pris la photo.)

Wagon activités

Je fais partie d’un groupe de 6 personnes (5 blogueurs et un chef exécutif) invités par Via Rail à bord du train Le Canadien. Ils sont tous des maniaques de bouffe et de voyage qui adorent échanger sur les meilleurs restos, les plats préférés, les cafés à essayer, etc. Beaucoup de sujets de conversation en commun! Et puis, comme tous les scribes vous le diront, toutes les excuses sont bonnes pour ne pas écrire…

Blogueurs invités par Via

Nous avons aussi fait connaissance avec d’autres voyageurs, dont plusieurs québécois et quelques familles avec des enfants (qui semblaient tous très bien se comporter malgré le fait qu’ils ne peuvent pas courir pendant 4 jours). Je suis étonnée de voir comme les journées passent vite et comme l’appel du travail est souvent inaudible… Et puis comme je n’arrive pas à dormir plus de deux heures d’affilée sans me réveiller, la fatigue se fait vite sentir. Dès que j’essaye de m’enfermer dans ma cabine pour travailler, le train me berce et le sommeil me gagne. Mes camarades m’ont aussi avoué faire de nombreuses siestes. C’est ça, le Canadien : on décroche du quotidien, on relaxe, on s’endort, on mange, on s’endort de nouveau, et on répète le tout!

Et puis durant les heures d’éveil, qui veut détourner sa vue des paysages qui défilent à la fenêtre! Un défi particulièrement imposant m’attendait, côté diversion, pendant la 3ième journée du voyage : l’approche de la région de Jasper. Lors de notre passage à Edmonton au matin, le train s’est arrêté pour refaire le plein et pour installer le wagon panoramique qui allait nous permettre de mieux admirer le reste de la route. Quelle vue! De hautes montagnes à la pointe enneigée dominent des lacs d’un gris-vert profond. Le train s’engage dans des tunnels sombres et la beauté nous éblouit de nouveau à la sortie. Les conversations naissent spontanément, même entre ceux qui se sont montrés plus timides jusqu’ici. Une jeune femme voyageant seule a demandé à un vieux couple d’habitués du parcours : «Est-ce qu’on se lasse de voir ça?» «Jamais», a répondu la dame avec les yeux brillants en tournant son regard vers une montagne gigantesque. «On ne s’en lasse jamais.»

Wagon panoramique
Montagne
Lac et montagnes
Montagne et riviève
Toit et montagne

Annie Becker, une musicienne invitée à bord par Via pour distraire les passagers, a décidé d’offrir un petit concert impromptu dans le wagon panoramique. Un autre passager s’est joint à elle avec une étrange petite guitare (un ukulele?). Leur musique a servi de trame sonore à de bien belles scènes :

NB: La vidéo est disponible en plus grand format (HD) ici.

Crossing the rockings on “The Canadien” train from Martine on Vimeo.

Le moment le plus magique est cependant arrivé un peu plus tard dans la soirée. On nous avait prévenus qu’on allait bientôt approcher Pyramids Falls (le personnel du train prévient souvent les voyageurs des points d’intérêts à surveiller). Le train offre le meilleur point de vue possible sur ces chutes autrement très difficiles d’accès, même pour les randonneurs les plus intrépides.

Pyramid Falls location

Un employé nous a gâtés en ouvrant une fenêtre pour que nous puissions sentir toute « l’énergie » de la chute. Et quelle énergie! On pouvait voir la bruine dans l’air et entendre les grondements de la chute bien avant de passer devant. Je n’oublierai jamais l’odeur puissante de pin qui embaumait les lieux. Grisant!

Demain : l’arrivée à Vancouver… et la bouffe!

Jour 1 et 2 à bord du Canadien

J’essaye de me concentrer sur mon écran d’ordinateur alors que défilent à ma fenêtre des champs manitobains qui brillent d’un superbe jaune vif. Ma couchette est restée ouverte aujourd’hui (au lieu de faire place aux deux fauteuils d’hier) et cette configuration me plait davantage. C’est plus pratique comme ça pour la sieste de l’après-midi… La fenêtre à mes pieds à l’air d’un écran télé haute définition qui offrirait la plus belle des télé réalité, sans dialogue, avec ciel azur et champs dorés à perte de vue. Pour faire concept, je rédige ce billet en écoutant Night Train de Oscar Peterson. Nous perdons régulièrement l’accès aux réseaux cellulaires, ce qui ne me permet pas de publier ici de manière très régulière. Photos à venir un peu plus tard, même si certaines sont déjà sur mes comptes Instagram et Twitter (@nivuniconnu). (NB: J’ai ajouté des liens après la première publication de ce billet.)

Nous avons fait un arrêt de quatre heures à Winnipeg ce matin pendant lequel j’ai assisté à un tour guidé de la ville en autobus. Deux heures en bus (avec quelques arrêts), ça ne permet pas de vraiment saisir une ville (même si les mauvaises langues diront que c’est suffisant dans le cas de Winnipeg). De cette visite, je retiendrai la présence étonnante de nombreux grands arbres matures, même au centre-ville, l’élégance d’un beau jardin public et un sympathique marché près de la gare de train où on retrouve une boulangerie qui fait des brioches à la cannelle à se rouler par terre. Ça a fait du bien de prendre l’air! Les fenêtres du train n’ouvrent pas (pour des raisons de sécurité, m’a-t-on dit). C’est un peu étrange de passer autant de temps à voir de grands espaces sans pouvoir respirer le grand air qui les accompagne.

Comme c’est souvent le cas en voyage, la première journée en a été une d’adaptation. Le départ était à 22h00 samedi soir, ce qui laissait peu de temps pour s’habituer à l’environnement avant de se mettre au lit. D’abord, il y a l’espace exigu avec lequel il faut composer : les couloirs sont étroits et les cabines sont petites, même celles conçues pour deux personnes. Une fois le lit ouvert, il n’y a pas de place pour ouvrir sa valise au sol. Je suis contente de m’y retrouver seule car je ne sais pas comment j’aurais réussi à partager cet espace avec quelqu’un d’autre! (Je partage bien des choses avec plaisir mais j’ai besoin de pas mal d’espace…) Je dois cependant préciser qu’il y a plusieurs couples à bord qui partagent ces cabines et ils n’ont pas l’air malheureux. Un passager me disait même aujourd’hui qu’après avoir essayé les deux types de cabines, il préférait celle avec un seul lit dont la configuration lui plaisait davantage.

Ma première nuit a été difficile : un train, ça fait du bruit et ça bouge beaucoup… mais ça s’arrête souvent aussi! Juste au moment où je m’habituais enfin au roulis et que je sentais le sommeil m’envahir, un arrêt complet du train venait briser le rythme et je me retrouvais de nouveau éveillée. Je me suis pointée pour déjeuner dans la voiture-salle à manger qu’on m’avait assignée la veille avec les yeux à demi ouverts… et affamée! L’omelette savoureuse que j’ai choisie m’a remise sur pieds, du moins le temps de faire plus ample connaissance avec mes compagnons de route pour les prochains jours.

Nous sommes cinq blogueurs invités par ViaRail :
Jean-François Frenette (Québec)
Mayssam Samaha (Montreal)
Dustin Gilman (Montreal)
Valerie Howes (Toronto)

Nous sommes accompagnés par Martin Gemme, « service design officer » (concrètement = chef exécutif chef Via Rail). C’est lui qui est à l’origine de la création des nouveaux menus qui sont disponibles depuis deux semaines seulement sur le parcours Toronto-Vancouver. Martin a une expérience très variée dans le domaine de la restauration; converser avec lui, c’est en apprendre beaucoup sur les coulisses du monde alimentaire.

Il y a deux voitures-salles à manger qui servent une trentaine de convives à la fois. Il y a donc deux ou trois services par repas. On assigne aux gens de la classe « Voiture-lits Plus » une heure précise de réservation pour le diner et pour le souper pour s’assurer du bon roulement des choses. Notre tablée attire les regards quand les plats arrivent et qu’ils se retrouvent immédiatement mitraillés par les appareils-photos des « food bloggers », ces êtres étranges qui apprécient d’abord un met à travers une lentille et qui, par conséquent, finissent presque toujours par manger froid.

Après cette première nuit difficile, j’ai tenté de travailler à deux reprises mais mon corps n’avait qu’une chose en tête : faire la sieste. J’ai somnolé un peu et j’ai tenté de retourner au travail sans arriver à être très productive. Je trouvais mon scène à scène un peu ennuyant et j’avais envie de repartir à zéro…

Après un bon souper hier soir, quelques conversations plaisantes et une douche (moins compliquée que ce que je craignais, même en mouvement) je n’ai plus vu ma petite cabine du même œil. Quelques minutes de lecture dans le lit simple (plutôt confortable) et le sommeil me gagnait. Je me suis réveillée just avant l’arrivée à Winnipeg avec une nouvelle énergie. Il n’y a rien comme d’ouvrir un store et de découvrir un nouveau paysage à sa fenêtre au matin!

Un voyage d’une seule nuit ne m’aurait pas permis de bien saisir les avantages du train. Ce n’est qu’à cette deuxième journée que je peux apprécier le rythme très particulier que le train dicte à nos journées : on s’en va en ligne droite, on n’y va pas trop vite, et on décroche de notre quotidien, station par station. Le mouvement constant auquel on se soumet n’est au fond qu’un prétexte pour arrêter le temps. La destination? On y pense peu, le paysage qui défile détournant notre attention sur le ici et maintenant.

Je crois ne pas être la seule à apprécier davantage cette deuxième journée. On sent une énergie différente à bord depuis l’arrêt à Winnipeg. Le train défile plus rapidement à travers les prairies et le contraste entre le bleu du ciel et le jaune des champs réveille les esprits. Les passagers ont eu le temps de faire connaissance. Le volume des conversations était d’ailleurs plus élevé dans le wagon-restaurant pendant les repas aujourd’hui.

Au moment où j’écris ces mots, on annonce qu’on vient de quitter le Manitoba pour entrer en Saskatchewan. Les vaches dans le très beau vallon que nous traversons ne semblent pas s’en formaliser. Regarder passer le train, elles font ça depuis des siècles…